premiers échos de la guerre

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Premiers échos de la guerre

Il y 70 ans, le journal de Sélestat s'intitulait « L'Écho de Sélestat ». En quatre pages, il balayait l'actualité du monde, de France, de l'Alsace, du secteur de Colmar et du Centre-Alsace. Fin août et début septembre 1939, l'angoisse règne. A Sélestat, on distribue les masques à gaz en attendant la guerre.

« La distribution des masques à gaz à la mairie fonctionne plutôt bien », annonce « L'Écho de Sélestat » - « Grand quotidien de l'Alsace centrale paraissant le matin » - dans son édition du 29 août. « Les habitants doivent conserver à la maison les masques dans les boîtes qui leur sont transmises. Dans leur intérêt, ils doivent les protéger de l'humidité et du soleil. »

« La meilleure façon de
protéger les bâtiments


est d'utiliser des sacs
de sable sec »

 La mairie donne également des consignes en cas de bombardement : « La meilleure façon de protéger les bâtiments est d'utiliser des sacs de sable sec. » Outre ces précieux conseils, le lecteur découvre les prix du marché : « Livre de pommes : de 0,75 à 1,25 francs. Aubergine à la pièce : 1,25 frs. Banane à la pièce : 0,40 à 0,75 frs. Livre de beurre : 11-12 frs. Douzaine d'oeufs : 9-9,50 frs. 50 kilos de pomme de terre 30-35 frs... » Le plus étonnant réside dans un communiqué de la partie allemande de l'Union franco-allemande, communiqué dont le titre résume le contenu : « Contre l'impérialisme hitlérien. »
 Le 30 août, « L'Écho de Sélestat » s'émeut de la disparition, à l'âge de 84 ans, de l'ancien économe de l'hôpital de Sélestat Sébastien Simon. Le conservateur de la bibliothèque municipale fait passer un avis demandant le retour rapide de tous les livres empruntés. La censure pointe son nez, ainsi que l'indique un entrefilet reprenant une communication du Journal Officiel.
 Le 1er septembre, alors que l'armée nazie annexe tranquillement la Pologne, la mairie demande à ce que les détenteurs de masques à gaz appelés sous les drapeaux pensent à ramener lesdits masques à gaz. Saint-Pierre-Bois s'apprête à fêter sa traditionnelle fête votive en l'honneur de saint Gilles, appelé alors sous son nom latin de « Aegidius ».
 Le titre du journal des dimanche et lundi 3 et 4 septembre ne laisse pas de place au doute : « Im Kriegzustand ! » « En situation de guerre ! » L'actualité internationale et nationale domine. Un appel est lancé à « tout Français, non mobilisable ou non encore mobilisé » qui « peut contracter un engagement dans un Corps de son choix, sous réserve d'aptitude physique ». « Il est recommandé aux intéressés de se présenter le matin à 8 h », au bureau de recrutement de Colmar. Rien sur Sélestat et ses environs.
 Le 5 septembre, la bourse de Paris est optimiste. A Sélestat, un exercice de la défense passive d'attaque chimique se déroule sous la direction du pharmacien Goettelmann. « Nous avons la lourde tâche de prévenir les citoyens des dangers de la guerre mondiale, écrit un journaliste. (...) Le brutal Hitler et ses séides sont plus nombreux que ce que nous aurions souhaité. » Et il s'en remet à la protection de sainte Odile.

Liquidation de l'entreprise
de machines agricoles
Wiederkehr

 Vendredi 8 septembre, la grosse information sur le Centre-Alsace est la liquidation de l'entreprise de machines agricoles Wiederkehr « suite à la mort quatorze jours plus tôt de Paul Wiederkehr ». Dans le journal de la fin de semaine, « L'Écho de Sélestat » fait l'annonce de la fête de la solidarité. Les pompiers organisent une manoeuvre place de la République. Et les lecteurs sont prévenus que la dernière distribution de masque à gaz aura lieu les 11 et 12 septembre. « Après ces dates, aucune autorisation de masque ne sera délivrée. » Pour les invalides et malades qui ne peuvent se déplacer, il faudra prévenir la police qui se chargera de la livraison.

 

J.-F. T.