Les Mémoires de Pierre Giersch

L’interview du dimanche Sélestat vu et raconté par Pierre Giersch

le 11/12/2011 par Propos recueillis par Anne Suply

 

L’ancien maire de Sélestat, Pierre Giersch, qui vient de publier ses mémoires, a choisi d’être photographié près de la stèle érigée en souvenir de Gilbert Estève. Photo Jean-Stéphane Arnold

L’ancien maire de Sélestat, Pierre Giersch, qui vient de publier ses mémoires, a choisi d’être photographié près de la stèle érigée en souvenir de Gilbert Estève. Photo Jean-Stéphane Arnold

Dix ans après son retrait de la vie politique sélestadienne, l’ancien

maire Pierre Giersch publie ses mémoires d’élu.

Pierre Giersch, vous venez de publier votre témoignage sur 18 ans d’implication dans la vie politique de Sélestat et de l’Alsace centrale. Pourquoi ?

Parce que dix ans après avoir quitté les affaires de la ville de Sélestat, je trouvais que c’était le bon moment, pour montrer que la vie politique, ce n’est pas que vivre dans la haine et prêcher l’amour. Que cela pouvait être rigolo (rires). Plus sérieusement, cet ouvrage est le résultat de trois ans de travail. Je suis allé consulter les archives à la Bibliothèque humaniste, généralement le lundi, pour que tout cela soit fondé non pas sur la mémoire qui est quand même fragile, mais sur des documents réels.

Au fil des pages, le lecteur découvrira des pans entiers de l’histoire et de la vie concrète des habitants de Sélestat, mais aussi quelques anecdotes croustillantes sur ses élus, de tous bords…

J’ai transcrit quelques échanges très drôles, notamment avec François Kretz. Je trouve que la vie politique actuelle manque un peu d’humour, même si cela peut être dangereux, parce que tout le monde ne le comprend pas toujours. Évidemment, mieux vaut rire de soi que des autres.

Vous évoquez François Kretz, mais aussi longuement votre action avec Gilbert Estève, dont vous avez été le premier adjoint avant de lui succéder à son décès en 1996.

Oui, ce sont tous deux des personnalités incroyables. François Kretz n’était pas un tendre, mais je l’aimais bien. On lui a mené la vie dure quand on était dans l’opposition, on a fait notre boulot, on a montré que dans l’opposition on peut faire aussi quelque chose de constructif. Quant à Gilbert Estève… Écoutez ce que les gens disent encore en ville. « Ah si Estève était encore en vie. » C’est pour cette raison que j’ai voulu témoigner de notre action commune à travers ce livre. On se complétait, lui et moi, il a eu beaucoup de courage de me prendre comme adjoint, j’ai toujours été un électron libre. Lui, était magistrat avec une admirable capacité d’analyse et de synthèse et le verbe pour s’exprimer, et moi j’étais ingénieur capable de rêves, d’imagination mais aussi confronté aux réalisations les plus concrètes. Ça n’a pas été toujours simple ! Quand il est venu ici à Sélestat, avec des gens de Paris, les murs ont tremblé ! Je lui ai dit qu’on avait déjà des projets, au GAM, le groupe d’action municipale. Mais nos six ans passés dans l’opposition municipale nous ont permis de faire connaissance. Très franchement, je n’ai pas cherché à être maire. Estève n’avait jamais rien dit pour la suite. À sa réélection en 1995, il m’avait confié les grands projets, l’urbanisme, l’environnement… Pour moi, ça allait de soit qu’il fallait continuer ce que l’on avait lancé même si j’aurai préféré rester premier adjoint. Mon meilleur agent électoral a toujours été ma femme ! Gilbert Estève n’était pas toujours content que ma femme lui raconte ce que les gens pensaient et disaient en ville, mais à la fin, il a compris pourquoi elle le faisait. Un jour, le maire de Waldkirch m’a dit qu’il y avait deux qualités pour être un bon maire. Montrer dans sa profession des qualités et des compétences. Et être un « stupff » maire, quelqu’un qui est à l’écoute des gens, de tout le monde.

Quel regard portez-vous sur la vie politique locale actuelle ?

C’est très personnel. Vous savez, toute alternance est une bonne chose en soi, car elle satisfait une autre partie de la population. Tout le monde n’adhère pas forcément à des préoccupations intellectuelles ou artistiques, il existe une autre façon de faire, d’autres valeurs, qui peuvent s’exprimer par l’alternance. J’ai apporté mon ouvrage à Marcel Bauer, l’actuel maire de Sélestat, il m’a demandé une dédicace, ce que j’ai fait.

Quel est l’héritage de votre équipe pour Sélestat dont vous êtes le plus heureux ?

D’avoir mis en place, avec Gilbert Estève, une administration à la ville, de lui avoir donné les moyens de fonctionner, administrativement et techniquement, grâce à des gens compétents qui connaissent les lois et plus encore, l’esprit des lois. C’est de cela dont je suis fier, peut-être plus encore que la médiathèque, les Tanzmatten ou l’Agence culturelle d’Alsace.

Pourquoi avoir choisi de rendre publics vos mémoires, dix ans après avoir quitté la vie politique sélestadienne ?

Il me paraissait logique de me taire après avoir quitté la mairie, car vaut mieux ne rien dire quand on n’a plus de quoi se faire un avis, disons, autorisé comme disait Coluche. Mais je voulais évoquer l’action concrète de Gilbert Estève pour la ville. Je vous assure qu’au point final de mon livre, je me suis dit que j’avais oublié tant de choses !

LIRE L’ouvrage de Pierre Giersch est consultable à la Bibliothèque humaniste et à la médiathèque de Sélestat.