Memoire de Jardinier

Mémoires de maraîchers

L'histoire de Sélestat est intimement liée à celle des maraîchers. Il est difficile de savoir quand la corporation s'est fait connaître dans la cité humaniste. L'association Mémoire de Sélestat tente de faire le point à l'occasion d'une exposition.

 L'histoire des maraîchers et de Sélestat remonte presque à la nuit des temps. « Dans les édits du prieur de Sainte-Foy, à la fin des années 1000, il est mentionné l'autorisation de la création du "marché vert" devant l'église Sainte-Foy », raconte l'intarissable Marcel Rebhuhn, ancien maraîcher et membre de Mémoire de Sélestat.

L'oignon, richesse
de la cité humaniste

 Avec lui sont présents, pour parler de l'exposition à venir, Gérard Schenck, également maraîcher à la retraite et ancien grand maître de la confrérie des Zewelletreplers, et Jean-Marc Husser, président de Mémoire de Sélestat.
 Au fil des archives, l'historien découvre l'omniprésence des maraîchers dans la Cité humaniste. « En 1282, il est écrit dans le livre de la ville qu'un groupe de jardiniers est chargé de défendre les fortifications du côté ouest », poursuit Marcel Rebhuhn, qui voit ici la première mention écrite de la profession sur Sélestat. Ces fortifications, renforcées par la tour des jardiniers, s'élevaient là où se trouve désormais la rue Baudinot, ancienne Gartnergasse ou rue des Jardiniers. La corporation fait son apparition écrite en 1352 : « Dans les écrits de la Décapole, il est fait mention de cette corporation. » « Leur fête, explique Gérard Schenck, a lieu le 16 août, le jour de la Saint-Roch, leur saint patron. » A Sélestat, ce saint, connu pour soigner à l'aide de légumes et d'herbes, a été préféré à saint Fiacre, célébré par les maraîchers dans les autres villes, comme Colmar. Ce sont également les maraîchers qui sont à l'origine du Corso, les tout premiers chars en 1929 étant des charrettes de légumes rehaussées de fleurs.
 A la corporation s'ajoute, depuis 1964, la confrérie des Zewelletrepler, qui s'est constituée pour que renaisse le petit oignon de Sélestat, richesse de la cité entre 1850 et 1950 : « Il représente un quart du volume cultivé et 60 % des rentrées d'argent au tournant du siècle », indique M. Rebhuhn. En 1969, la confrérie organise l'élection de miss oignon, future reine de Sélestat. Deux vitrines retraceront l'histoire des Zewelletrepler.
 Il y aura également de nombreux documents, des photos anciennes, des arbres généalogiques, du matériel... Pour Jean-Marc Husser, « l'objectif est de rendre hommage aux grandes familles maraîchères ». De parler de ces hommes et femmes qui ont contribué à faire de Sélestat ce qu'elle est. En 1900, la ville recensait 106 producteurs d'oignons. Aujourd'hui, il ne reste qu'une quinzaine de familles.

 

J.-F. T.

Du mardi 22 au dimanche 28 février, exposition Mémoire de Sélestat au caveau Sainte-Barbe à Sélestat. Ouverture les 23, 27 et 28 de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h et les 24, 25 et 26 de 14 h à 18 h. Inauguration le 23 à 18 h.
Édition du Ven 12 fév. 2010

Scène jadis familière, le tri des oignons de Sélestat, ici à la fin des années 60. (Collection particulière)