Maraîchers

le 25/08/2010 

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Gérard Schenck : « Si c’était à refaire, je recommencerais »

Depuis le 1 er juillet, Gérard Schenck a cessé son activité de maraîcher.  Photo Denis Ritzenthaler

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Depuis le 1 er juillet, Sélestat compte un maraîcher de moins. Gérard Schenck a rendu son tablier.

Hier, Gérard Schenck se souciait de la semence des Zewwelatreppler. « Tu as le temps, m’ont dit les collègues de la confrérie, les piétineurs d’oignons, qui m’ont chargé de fournir les semences d’oignons. Il n’y en a plus d’autres à Sélestat… », confie l’ancien maraîcher installé au 2, rue de Muttersholtz.

Depuis le 1er juillet, il est en retraite. Il veut désormais prendre du temps pour rappeler le passé prestigieux de sa profession et sa ville.

« En 1965, la Ville comptait 110 producteurs d’oignons. Le syndicat s’était déplacé à Paris pour déposer la marque. C’était notre spécialité », explique-t-il. Désormais, avec la confrérie des Zewwelatreppler, il s’emploie à sauver l’oignon sélestadien.

Mi-août, il a récupéré les semences d’oignons à la main. Il suit l’opération de séchage, de lavage, de tri puis à nouveau de séchage… « Si elle ne sèche pas bien, elle pourrit », précise le maraîcher.

Gérard a disposé des terres de ses parents. Au départ, il produisait des légumes. Puis il s’est spécialisé dans les salades comme tous les maraîchers réunis. « Dans les années 1960, raconte-t-il, nous étions 87 familles à produire des légumes. Il en reste une douzaine. Nous étions cinq personnes à travailler sur l’exploitation. Ces dernières années, j’ai fait des replants et des fleurs ».

Marie-Rose, son épouse vendait la production sur place. Hier, elle était au marché ce qui, avant sa retraite, n’était pas possible. Il fallait rester sur l’exploitation.

Ému, Gérard se souvient que jadis, « être maraîchers de Sélestat, c’était quelque chose. Mais ces dix dernières années, cela commence à reculer… ».

L’avenir, c’est la vente au détail parce que les gens veulent des légumes frais

Il ajoute : « J’aimais faire ce boulot. C’était ma passion. On se rencontrait dehors entre collègues. Maintenant, on ne voit plus personne. Si c’était à refaire, je recommencerais. Je m’orienterais peut-être plus vite vers la vente au détail ».

À son avis, l’avenir de la profession « c’est la vente au détail parce que les gens veulent des légumes frais ».

Les terres sont désormais louées. « Mais c’est inouï le nombre de promoteurs immobiliers qui sont venus. J’ai fini par leur dire qu’ils me laissent tranquilles », remarque le retraité. Le conseiller municipal qu’il est aussi, sait bien qu’à Sélestat les terrains sont rares mais ce n’est pas une raison de le harceler.

De 2001 à 2008, Gérard était adjoint au maire. Il était chargé de la voirie. « Il reste beaucoup à faire », dit-il. Depuis 2008, comme conseiller municipal, il est délégué à la communauté de communes et au syndicat mixte de collecte et de traitement des ordures ménagères, le Smictom.

Pour les mois à venir, il a aussi d’autres projets. Il lorgne notamment sur ses deux tracteurs, un John Deere de 32 ans, un Ford de 1964 et les innombrables outils garés autour de la maison.

L’association Mémoires de Sélestat le mobilise également. Elle organise quelques expositions, notamment sur le cinquantième anniversaire de l’église Notre-Dame-de-la-Paix.

« Je suis né à Sélestat. J’aime ma ville. Cesser notre activité de maraîcher, parfois cela me fait mal. J’ai passé cinquante ans sur ce terrain. Mon père, après la guerre, en sortait des mines… ».

Denis Ritzenthaler