Maison KOENIG enracinée dans la famille

Anne koenig a pris la succession de ses parents daniel et mireille alors que rien ne l y predestinait photo dnaUn cadre conserve par la famille koenig regroupe plusieurs vieilles photos ou l on retrouve notamment au centre charles koenig qui a debute l exploitation du magasin avec son epousIl n’était pas écrit que 95 ans plus tard, la maison Koenig ferait encore partie de la famille. Pourtant, depuis 1919, le commerce qui y est exploité se transmet de génération en génération, comme si rien ne pouvait y changer. La maison Koenig, rue des Chevaliers, est une vieille dame. « Elle fait partie de la famille. D’ailleurs, quand on en parle, on a tendance à la personnifier », confie Anne Koenig, qui y gère aujourd’hui le magasin Ambiance et Styles. Cette bâtisse est entrée dans la famille Koenig en 1919. Et ne l’a plus quittée. L’histoire commerçante de la famille Koenig remonte à 1892, année où Marie Koenig, arrière-grand-mère d’Anne, lance son affaire. « Elle était repasseuse de métier, raconte Daniel Koenig, père d’Anne et petit-fils de Marie. Pour ses 20 ans, sa marraine lui a offert un petit stock de vaisselle et une charrette en osier, avec laquelle elle a commencé à faire le marché de Sélestat. » Puis Marie épouse Charles Koenig, issu d’une famille de jardiniers. Ensemble, les époux débutent une affaire de vaisselle : ils disposent d’un dépôt, rue Turenne, pour stocker les marchandises qu’ils vendent dans tous les marchés de la région grâce à deux fourgonnettes et deux chevaux. Lorsque survient la Première Guerre mondiale, fourgonnettes et chevaux sont réquisitionnés. Marie et Charles doivent se contenter du marché de Sélestat. En 1919, ils achètent le 24 de la rue des Chevaliers et en 1921, le 25, pour en faire un commerce partagé entre une partie vaisselle et une partie armurerie. Cette dernière est confiée au fils aîné de Charles et Marie, prénommé lui aussi Charles, qui en a appris le métier. Quelques années plus tard, Charles fils épousera une fille fortunée et ouvrira une armurerie place Kléber à Strasbourg. Ses parents continueront quant à eux d’exploiter le magasin de Sélestat et ses deux activités jusqu’en 1940, année où les Allemands feront fermer le magasin. Un commerce longtemps partagé entre vaisselle et armurerie Au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, le magasin rouvre. Georges, deuxième fils de Marie et Charles, en prend les rênes avec son épouse Marguerite, jusqu’en 1968, où son fils Daniel et son épouse Mireille prennent le relais. Le couple poursuit l’exploitation des deux activités avant de finalement arrêter l’armurerie au début des années 80, l’acquisition de la licence devenant de plus en plus lourde. En 2006, Daniel et Mireille décident à leur tour d’arrêter et s’apprêtent à vendre le fonds de commerce. C’est alors qu’Anne fait part de son envie de reprendre le magasin, bien que rien, pourtant, ne l’y prédestinait. « J’ai demandé à mon père s’il était prêt à passer tous les jours devant le magasin en se disant qu’il n’était plus à nous. Moi, je n’étais pas prête », assène Anne. « Sa décision m’a causé du souci. J’avais un repreneur, tout était quasiment bouclé », indique Daniel, avant d’avouer, qu’au fond de lui, il était content que la « vieille dame » demeure dans la famille. Le choix d’Anne Koenig peut sembler étonnant, d’autant que ses parents ne l’ont jamais obligée à reprendre. « Je les ai toujours entendus me pousser à faire autre chose. On en discute parfois avec des collègues. Dans nos métiers, ça se transmet de génération en génération et, quelque part, on se sent obligé de reprendre. Je pense m’être sentie obligée. » La prof d’histoire rattrapée par la « vieille dame » Dans un premier temps, Anne a pourtant écouté ses parents puisqu’elle a longtemps été professeur d’histoire. Après avoir enseigné dans la région lilloise, elle est revenue en Alsace, avant de se mettre en disponibilité pour consacrer son temps au magasin Ambiance et Style du 25 rue des Chevaliers et perpétuer ainsi la lignée des Koenig à la tête du commerce. Comme si un lien invisible unissait Anne à cette bâtisse. Comme si la vieille dame avait un pouvoir attractif sur la famille Koenig. « J’ai toujours travaillé ici », s’excuse-t-elle presque. Que ce soit à l’adolescence ou, un peu plus tard, les week-ends ou lorsqu’elle n’avait pas cours. Anne sait bien qu’elle n’a pas choisi la facilité et qu’elle a abandonné « 18 heures de cours par semaine et les vacances scolaires. Attention, je ne dis surtout pas qu’enseigner est un métier facile, mais nos métiers des arts de la table sont physiques. » Rien ne dit que les enfants d’Anne reprendront un jour le magasin. « Pour l’instant, ils n’ont que 7 et 10 ans », tempère la gérante. Tous deux sont pourtant déjà attachés à la Maison Koenig. En plus d’habiter au-dessus du magasin, ils descendent souvent faire leurs devoirs dans un bureau situé à l’arrière de la boutique. A l’image de ce que ses parents ont fait avec elle, Anne ne les poussera pas à reprendre l’affaire. Mais sait que s’en séparer sera « un déchirement. Ça fait tellement partie de notre vie que le jour où il n’y a plus ça, il y aura un manque. » Article DNA par Florent ESTIVALS

DNA