Le gardien ,passage au Ritterhof

raymond-muller-devant-le-puits-portant-la-date-1410-photo-c-c.jpgLe gardien, de passage au Ritterhof Raymond Muller, devant le puits portant la date 1410.Photo C.C. Président de l’Association des amis de la bibliothèque humaniste, ainsi que de la Société d’histoire et d’archéologie de Sélestat et environs, Raymond Muller est un fin connaisseur du passé de sa ville. « Un virus que je cultive précieusement depuis longtemps », sourit-il. Aussi, en 1997, lorsque son épouse et lui, tous deux « Sélestadiens d’origine et de cœur », sont rentrés de Bruxelles où ils étaient fonctionnaires de l’Union européenne, ils n’ont « pas hésité une seconde » à investir dans une belle pièce du patrimoine local, le Ritterhof, ancienne propriété des chevaliers de Malte, située place du Vieux-marché-aux-vins et remontant à 1260. « C ’est extraordinaire, nous avons cette chance unique d’être les troisièmes propriétaires en 800 ans d’histoire, après l’ordre de Malte, puis la famille Dengler, dont faisait partie Auguste Stoffel, premier maire français de Sélestat après 1918, développe-t-il. L’histoire de la commanderie Saint-Jean a commencé ici, sur des terrains de la famille Rathsamhausen, à l’extérieur du premier rempart ». À la Révolution française, en 1793, une partie de cette importante commanderie Saint-Jean, comptant cour et jardin, est devenue bien national et, plus tard, a abrité un collège de jeunes filles, tandis que le Ritterhof a été acquis par le maître de poste de la ville. Bien des années plus tard, on peut voir, sur l’un des murs un chevalier portant une bannière que Raymond Muller a fait peindre, d’après un vitrail de 1525 se trouvant dans la maison. Il a aussi créé un jardinet de plantes médicinales. « pour rappeler la fonction d’hospitalier des Johannites ». « C’était à la fois une école pour la formation de jeunes nobles qui partent pour les croisades, en même temps qu’un lieu de repos pour ceux qui en revenaient ». « Respectueux » de ce cadre exceptionnel, en plein périmètre classé, Raymond Muller n’a effectué à l’intérieur que les travaux de rénovation indispensables pour « en faire une habitation du XX e siècle ». « Nous avons installé le chauffage central. Quand nous sommes arrivés, il y avait douze poêles à bois ! Nous avons apporté des retouches, toiletté la vieille dame ». « Une maison comme celle-là, il ne faut pas s’en sentir propriétaire. Elle appartient au patrimoine de la ville, pas mal de personnages y sont passés. Il y a une ambiance particulière, indéfinissable, un peu hors du temps » , estime l’historien, qui se sent comme « un gardien, un passant ». « Cette maison, on l’habite, on l’entretient et on la transmet aux suivants ». Et ce, ajoute-t-il, sans pour autant la transformer en un musée : « Il y a quelques meubles anciens qui témoignent des périodes passées, d’autres modernes. La maison doit continuer à vivre, chaque génération y laissant des traces… » le 18/08/2012 par C.C.

Journal L'ALSACE