Le Chevalier Dahlia

Henri Fuchs, le chevalier dahlia

Henri Fuchs, ancien jardinier en chef de la ville de Sélestat, a été fait chevalier dans l'ordre du Mérite agricole lors de la promotion du 14 juillet.

 Inutile d'essayer de piéger le Sélestadien Henri Fuchs sur les dahlias. L'ancien jardinier en chef de la ville de Sélestat est incollable sur la fleur emblématique de la cité humaniste. Ce n'est d'ailleurs pas étonnant ! Issu d'une des plus anciennes familles sélestadiennes (l'arbre généalogique remonte jusqu'au XVIIe siècle), Henri Fuchs a effectué toute sa carrière professionnelle au sein des espaces verts de la ville. Pendant 38 ans, Henri Fuchs a notamment choyé les fameux dahlias. Après être passé par l'école maraîchère et d'horticulture de Sélestat et nanti de son certificat d'aptitude professionnelle, Henri Fuchs passe 28 mois sous les drapeaux à Romilly-sur-Seine. De retour à Sélestat en 1961, il intègre les services de la ville où il rejoint Henri Fuchs, son père. « Il a travaillé aux services municipaux durant quelques années après avoir arrêté l'activité de son entreprise. J'ai choisi de travailler à la Ville car Sélestat était considérée comme la capitale florale de l'Alsace. »
 Pendant de nombreuses années, Henri Fuchs aura en charge la plantation des 20 000 pieds de dahlias. « La ville de Sélestat était un des producteurs les plus importants du grand Est. Chaque vendredi, nous vendions les dahlias. Les corsos d'Erstein, Wasselonne, Eschau venaient prendre livraison de dahlias. Les organisateurs de la fête de la mirabelle à Metz, et même certaines villes d'Allemagne faisaient appel à la production sélestadienne. Certaines années, nous avons produit au moins un million de fleurs. La production locale permettait aussi d'obtenir une certaine diversification des espèces. »
 Henri Fuchs s'occupait également du jardin des dahlias à proximité du cimetière. « Il était magnifique ! Les gens venaient de partout le visiter. Nous avons eu au moins jusqu'à 200 espèces représentées. Nous avions des grandes fleurs. Les pompons n'étaient alors utilisés que pour les finitions. »

«Quand Sélestat a choisi
d'arrêter la production
des dahlias, cela a été
un peu un crève-coeur !»

 A l'époque, l'appel à la production hollandaise était seulement destinée à réaliser le complément pour le défilé du corso fleuri sélestadien.
 « Je suis allé deux ou trois fois en Hollande pour découvrir de nouvelles variétés de fleurs. Quand Sélestat a choisi d'arrêter la production des dahlias, cela a été un peu un crève-coeur ! »
 De 1988 à 1998, Henri Fuchs est le jardinier en chef à la ville de Sélestat. « Les effectifs des espaces verts ont toujours été stables. Nous étions 24 en 1961 et autant quand je suis parti. Par contre, le travail a énormément évolué. Nous avions plus de matériel. »
 Une des fiertés d'Henri Fuchs est aussi d'avoir participé à la décoration du char de la reine pour le Corso fleuri. « Les jardiniers de la ville en avaient traditionnellement la charge. »
 Henri Fuchs se souvient aussi d'un épisode amusant. En 1997, à l'invitation de la municipalité de Waldkirch, la ville de Sélestat participe à la fête de la réunification à Berlin. Un char décoré de dahlias devait être installé non loin de la porte de Brandebourg. « Nous étions en pleine période sur la mise en place de l'Euro. Nous avons donc présenté un char sur ce thème avec la création de la monnaie. » Le convoi devait être escorté jusqu'en Allemagne par des motards de la police. Arrivé à l'ancienne douane de Marckolsheim, le char ne pouvait pas passer outre-Rhin. « Les Allemands s'étaient trompés dans les mesures données. Le char était surdimensionné. » De retour dans les ateliers municipaux de Sélestat, les ouvriers ont taillé en urgence dans le char. A Berlin, le char devait être stocké dans les anciens locaux de la radio de la RDA. « C'était un bâtiment gigantesque mais devant la porte, le char ne rentrait pas...Nous avons dû dégonfler les pneus de la remorque ! »
 De ses années à la ville de Sélestat, Henri Fuchs ne regrette rien. En retraite, le Sélestadien est loin d'avoir été inactif. Henri Fuchs a ainsi été grand maître de la confrérie des Zewwelatreppler pendant trois ans, président de la corporation des maraîchers et président de la commission fleurissement à la ville de Sélestat pour le concours des maisons fleuries de 1998 à 2008. « J'ai passé la main l'an dernier. Car j'avais dit que j'arrêterais à 70 ans. »
 Henri Fuchs a appris sa nomination dans l'ordre du Mérite agricole par son copain jardinier Alex Jeny et par son gendre Jean-Pierre Haas. « Ils m'ont dit de mettre une bonne bouteille au frais. Je ne comprenais pas car je n'avais pas d'anniversaire à fêter. J'ai été surpris. Je suis heureux mais cela ne change pas ma vie. »

 

Vivien Montag

Édition du Mer 2 sept. 2009

×