La mue du vieux Ladhof

a-deux-pas-du-vieux-port-la-rue-des-tanneurs-photo-catherine-chenciner.jpgQuartiers d’été (5) La mue du vieux Ladhof À deux pas du Vieux-Port, la rue des Tanneurs.Photo Catherine Chenciner Notre balade historique à travers Sélestat passe à présent par le Vieux-Port qui est bien différent de celui du Moyen-Âge. Le quartier du Vieux-Port à Sélestat est celui qui a le plus changé depuis le Moyen-Âge. L’arrivée de l’Ill sur la ville est très différente. La rivière coule sur de la terre molle vers l’Est. En arrivant sur Sélestat, elle forme un coude, parce qu’elle rencontre un obstacle naturel plus dur ; le flot est à cet endroit partagé en deux bras, le cours principal allant droit vers l’Est, et le cours secondaire frôlant la ville au niveau de l’actuelle place du Vieux-Port et retournant au lit principal avec les eaux du Gerberbach qui coule encore sous le quai des Tanneurs. Les bateliers utilisent évidemment le petit bras, embarquent et débarquent les marchandises sur le quai qui occupe le côté nord de la place, celui de l’hôpital bourgeois. Tout transite par l’eau, les tonneaux, les légumes, le vin. Le trafic est intense, c’est lui qui fait la richesse de la ville. Comme à Amsterdam : quartier chaud et contrebande La vieille tour dont on voit encore les deux tiers supérieurs, date probablement de 1280. Elle est construite sur l’espèce d’île séparant les deux bras de la rivière, pour augmenter la protection de ce quartier, qu’il est impératif (tant il génère de richesses) mais très difficile (une terre meuble, trois lits d’eau) de mettre à l’abri. Au fil des siècles, le tirant d’eau du petit bras diminue, le sable que charrie l’Ill étant naturellement déposé à l’extérieur du coude que forme la rivière. Tout au long du XIV e siècle, on discute du problème : il faut déplacer le port. En 1397, c’est un ouragan qui décide : il arrache le clocher de la cathédrale de Strasbourg et fait s’écrouler une partie des remparts de Sélestat. Qui rebâtit, englobe le vieux Ladhof par un ajout aux remparts, construit sous le parking Vauban actuel un nouveau quai et de beaux entrepôts, bien aérés. Et d’efficaces bureaux de douane. En 1402, le petit bras d’eau est comblé, le vieux Ladhof est devenu une place publique. Les pêcheurs sont probablement les premiers à s’être organisés en corporation. Leur poêle, place du Vieux-Port, devint un piteux hôpital militaire, dont le responsable, M. de Bonfond, s’arrache les cheveux en octobre 1690 : 740 soldats y sont alors soignés, « qui tous ne se plaignent que d’avoir froid, à quoy je ne puis remédier sans courir le risque de brûler les casernes où ils sont ». Ceux qui ont déjà visité Amsterdam le savent : l’accueil des marins est assuré dans certains quartiers qui en tirent largement profit. À Sélestat aussi, on dorlote les marins – et les autres – dans la Liesgassle, la ruelle des Poux, petite ruelle en angle qui continuait la rue de l’Or de l’autre côté du Gerberbach et menait au port. Elle est actuellement fermée par des garages privés. La contrebande est l’effet pervers des nouvelles installations, qui ne permettent plus de vue d’ensemble : au lieu de débarquer les marchandises au nouveau quai, et de payer les taxes correspondantes, les petits malins remontent le Gerberbach, qui n’a été canalisé et rétréci qu’en 1612, et les débarquent en douce. Au risque de se faire prendre, évidemment. EN SAVOIR PLUS « Histoire architecturale et anecdotique de Sélestat » d’après Alexandre Dorlan le 21/08/2012 par Christine Romanus

Journal L'ALSACE