La Bibliotheque Humaniste

le 04/07/2010 05:31 Sélestat / La Bibliothèque humaniste sous l'Occupation Un trésor indestructible A l'occasion de la sortie du n° 44 des saisons d'Alsace (*) consacré à l'Alsace sous la botte nazie (1940-1945), voici l'histoire du déménagement, dans des caisses, de manuscrits datant du 16e siècle et appartenant à la Bibliothèque humaniste de Sélestat. Dans son rapport du 6 octobre 1938, le chanoine Joseph Walter, alors conservateur de la Bibliothèque humaniste de Sélestat, évoque son intention de ne pas laisser les trésors de la bibliothèque s'abîmer entre les mains des nazis. Pendant toute la guerre, il va se battre pour protéger son trésor. Pour préserver et sauvegarder ces manuscrits datant du XVIe siècle, le chanoine demande au maire de Sélestat de confectionner 135 caisses pour les déménager. Le 23 septembre 1938, les premiers contenants sont remplis et évacués dans la cave de la Halle aux Blés. Ils y resteront jusqu'au 3 octobre 1938 puis seront transportés à nouveau dans la bibliothèque. Au mois de septembre 1939, les choses se corsent. La Pologne est envahie, la France annonce une mobilisation générale et déclare la guerre au Reich. En 1940, le chanoine décide de transporter les caisses vers le château de Hautefort, en Dordogne. Elles partent le 1er mars. Seize soldats et quelques civils se chargent de les transporter par camion vers un train spécial qui partira de la gare de Sélestat pour arriver en Dordogne. Sur les caisses, l'adresse est peinte, ainsi libellée :« A M. le préfet de la Dordogne à Périgueux- Bibliothèque de Sélestat-Château de Hautefort ». La 127 est une reconstitution de l'Hortus Deliciarum appartenant à l'abbé Walter L'inventaire a été fait par Vikar Walter, à l'époque responsable de la Bibliothèque humaniste et des archives de la ville. Les caisses numérotées de 1 à 9 et de 53 à 56 contenaient les manuscrits. Les caisses de 7 à 52 et de 57 à 62 renfermaient les incunables et les imprimés du XVIe siècle. Les caisses de 68 à 119 étaient remplies d'archives municipales. La numérotée 120 contenait les volumes de la bibliothèque municipale Alexandre Dorlan. De 121 à 125, des pièces de musée et la 126 contenait les archives de l'église St-Georges. Enfin, la 127 est une reconstitution de l'Hortus Deliciarum appartenant à l'abbé Walter. Le chanoine a toujours veillé avec beaucoup d'attention sur ses caisses remplies de trésors. Ainsi, il se rend au château de Hautefort le 5 mars et s'occupe de l'installation des caisses. Il revient six jours plus tard à Sélestat. Le 17 juin 1940, Sélestat est envahie par les Allemands et le nouveau régime voulu par le nazisme est bientôt mis en place. Le 7 juillet 1940, le Stadtkommisser, le Dr Schmeisser, exige de la Bibliothèque humaniste un compte-rendu détaillé des œuvres évacuées. Le 8 juillet, l'administration allemande demande le retour des caisses sur Sélestat. Après négociation entre les gouvernements français et allemand, les caisses sont rapatriées en octobre 1940 et installées au 1er étage de la Halle aux Blés. Les Allemands ont pris « soin » de la bibliothèque de Sélestat. Elle a pu échapper aux mesures envisageant la destruction des livres et de la culture française. Les Allemands ont imposé 3000 volumes, véhicules de la propagande nazie, à la bibliothèque et les prêts de livres français ont été interdits pendant la guerre (**). Aucun manuscrit, aucune œuvre n'ont été perdus ou détruits En décembre 1942, face à l'omniprésence des bombardements, le chanoine décide de transporter les livres au château du Haut-Koenigsbourg. Le transport est assuré par les entreprises Klein et Leidner. En 1945, la fin de la guerre est proche et l'Alsace est libérée. En juillet 1945, les caisses sont rapatriées par camion et les prêts de livres français reprennent le 30 avril 1945. Chose rare, grâce au chanoine Joseph Walter, aucun manuscrit, aucune œuvre n'ont été perdus ou détruits durant la Seconde Guerre mondiale. MATHILDE CESBRON
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