L’ère Kubler

L ere kublerSélestat Retour sur 70 ans d’élections municipales (épisode 2 : 1965-1983) L’ère Kubler Photographié le 26 mars 1971, le conseil municipal juste élu avec (en bas de gauche à droite) Edouard Reysz, Georges Klein, le maire Maurice Kubler, Marcel Wincker et Raymond Stein. Photo Schweitzer Photographié le 26 mars 1971, le conseil municipal juste élu avec (en bas de gauche à droite) Edouard Reysz, Georges Klein, le maire Maurice Kubler, Marcel Wincker et Raymond Stein. Photo Schweitzer Le député Albert Ehm (à gauche), le chef des sapeurs-pompiers de Sélestat Camille Hihn et le maire Maurice Kubler (à droite) en 1971, avec le ministre des finances Valéry Giscard d’Estaing venu inaugurer la nouvelle caserne des pompiers. Document remis Photographié le 26 mars 1971, le conseil municipal juste élu avec (en bas de gauche à droite) Edouard Reysz, Georges Klein, le maire Maurice Kubler, Marcel Wincker et Raymond Stein. Photo Schweitzer Deuxième partie de notre rétrospective historique sur les élections municipales à Sélestat depuis la Seconde Guerre mondiale, avec l’historien amateur Jean Hurstel (voir DNA du 2 février). En 1965, le Dr Maurice Kubler s’installe dans le fauteuil de maire. Il le quittera 18 ans plus tard – un record – sans avoir été battu, malgré des campagnes électorales âprement disputées. Mars 1965 : l’éclosion Le député-maire Albert Ehm vient de boucler son deuxième mandat à la tête de Sélestat et il se verrait bien repartir pour six ans dans le fauteuil de premier magistrat. Son équipe avait écrasé le scrutin de 1959 ; mais certains élus de sa liste sont devenus opposants au cours de la mandature, dont le populaire Camille Hihn. Aux élections de 1965, on retrouve donc ce dernier aux côtés d’un nouveau venu dans la bataille municipale : le Dr Maurice Kubler (lire l’encadré) , alors chef du service de chirurgie du centre hospitalier de Sélestat. Au premier tour le 14 mars, sa liste « Pour la défense des intérêts de Sélestat » défie celle d’Albert Ehm, « Action sociale et communale ». Une troisième liste, « Le réveil démocratique et social », est menée par le communiste Amédée Charlier. Mais dans une ville alors fortement marquée à droite, « c’était impossible pour cette liste de gauche d’obtenir un siège », relève Jean Hurstel. « Camille Hihn et Marcel Wincker étaient toujours en tête » des suffrages lors des élections municipales, ajoute Jean Hurstel. Membres de la liste Kubler, ils sont élus au premier tour avec cinq autres colistiers, dont Raymond Barthelmebs, ancien gardien de but du SC Sélestat, du Racing club de Strasbourg et du FC Sochaux-Montbéliard. Seulement quatre candidats de la liste du maire sortant sont élus directement lors de ce premier tour, dont Albert Ehm lui-même. Le « timide » Maurice Kubler est élu au second tour et s’installe sur le fauteuil de maire le 29 mars, fort d’une majorité de vingt conseillers face à sept membres de la liste de son prédécesseur. Georges Klein – fils de l’ancien maire de 1945 à 1953 –, Marcel Wincker et Joseph Logel deviennent adjoints. Maurice Kubler met de suite son empreinte sur le fonctionnement de l’assemblée sélestadienne, raconte Jean Hurstel. « Dans son allocution, le nouveau maire annonça la création de trois nouveaux postes d’adjoints, tenant compte de l’extension de la commune. » Edouard Reysz, Raymond Stein et Arthur Schreiber sont élus à ces nouvelles fonctions lors de la deuxième séance du conseil, le 26 avril 1965. Quatre semaines plus tôt, à la fin du premier conseil de la mandature, le maire, historien passionné, avait lu « le préambule d’un document conservé à la bibliothèque municipale consignant les us et lois de la ville de Sélestat en 1374 ! » « Ça, c’est du Kubler tout craché ! » lâche Jean Hurstel. Albert Ehm, devenu opposant, affirme, selon le procès-verbal, s’incliner devant les résultats du suffrage universel et affiche « la volonté de servir et de promouvoir l’essor de notre ville natale ». Mars 1971 : engouement et coups bas « A la fin de son premier mandat, le Dr Kubler a fait un livre de plus de 200 pages en forme de bilan », indique Jean Hurstel. « Il y laisse la parole à son équipe et aux forces vives de la ville. » Trois listes s’affrontent au premier tour des élections le 14 mars 1971 : celle du maire sortant («Pour la défense des intérêts de Sélestat »), celle du député Albert Ehm associé à Marie-Madeleine Kernel et Eugène Griesmar («Sélestat demain ») et la liste de gauche («Pour une gestion sociale, moderne et démocratique ») d’Amédée Charlier. La campagne suscite l’engouement des citoyens, avec une participation au premier tour qui atteint 85 %. « La presse souligne la dureté de la campagne », relève aussi Jean Hurstel, qui évoque « des coups bas entre le clan Klein (premier adjoint sortant) et le clan Ehm ». Dans cette lutte acharnée pour le pouvoir municipal, les gazettes des deux camps ( L’Alerte et La Vérité ) sont virulentes, il y a « des batailles d’avocats, des procès ». Mais au premier tour, la liste de Maurice Kubler et Georges Klein devance de presque 15 % celle d’Albert Ehm. Le vieux loup de maire décide de se retirer entre les deux tours. La victoire de la majorité sortante est écrasante. Eugène Griesmar (père de Fabienne Keller, maire de Strasbourg de 2001 à 2008) et Michel Lang sont les seuls opposants au conseil municipal, élus au deuxième tour. En toute logique, la liste de gauche repart bredouille, même si certains ne font pas un mauvais score, à l’instar d’un certain… Marcel Bauer. Il ne s’agit pas là de l’actuel maire de Sélestat, 22 ans à l’époque, qui précise que cet homonyme « était professeur de musique et dirigeait un orchestre » portant son nom. De son côté, Albert Ehm, 59 ans, doit se contenter de ses mandats de député et de conseiller général. « Il pensait pouvoir déboulonner Kubler, battant comme il est », remarque Jean Hurstel. C’est un échec mais, entre esprit de revanche et soif de pouvoir, il n’a pas dit son dernier mot. Mars 1977 : un dépouillement jusqu’au petit matin C’est une lutte acharnée et indécise qui marque les élections municipales de 1977. Quatre listes sont en lice au premier tour, soit 108 candidats. Là encore, il y a une émulation au cours de cette campagne belliqueuse, agressive. Chose rare : à l’issue du premier tour, personne n’est élu. Le dépouillement se termine le lendemain matin du scrutin, lundi, à 7 h 30 ! Le maire sortant est bien entouré et ses colistiers font les meilleurs scores. Comme d’habitude, Camille Hihn est en tête des votes (3 673 voix), suivi de Marcel Wincker et de Robert Guidat. Et comme d’habitude, Maurice Kubler pointe vers la quinzième place (2 888 voix). Albert Ehm, reparti au combat, obtient 2 354 voix. Pour le deuxième tour, il se retire mais sa liste fusionne avec celle de Michel Wach, obtenant au deuxième tour 36,47 % des voix, mais seulement trois sièges au conseil municipal. La participation avoisine 84 % lors de ce deuxième tour. Et la liste Kubler s’en tire bien (43,65 %). Sans siège, la gauche ne s’en sort pas mal néanmoins, avec une liste menée par Louis Boltz qui obtient près de 20 % des suffrages au premier tour. On y trouve Roland Ries (1 345 voix), l’actuel maire de Strasbourg, alors professeur au lycée Koeberlé. Le 29 mars, Maurice Kubler est réélu maire pour un troisième mandat. Six ans plus tard, âgé de 60 ans, il décidera de ne plus se représenter. « Il estime qu’il a fait son temps, son œuvre », note Jean Hurstel. La porte s’ouvre ainsi pour François Kretz, médecin lui aussi et élu conseiller général en 1980. Remerciements à Marthe Kubler et à Jean-Marc Husser

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