exposition Kobloth

Un touche-à-tout avide de liberté

L'association Mémoires de Sélestat, Denise et Jean-Claude Klinger et l'office de la culture de Sélestat ont mis sur pied une exposition sur Jean Kobloth, disparu il y a 30 ans. Conseiller municipal, président du cercle catholique Aloysia, où il crée la section basket, puis de l'association Tourisme, culture et loisirs, ce touche-à-tout a aussi laissé une importante oeuvre picturale.

« Il m'avait sondé avant de m'épouser : il lui fallait beaucoup de temps libre ! » « Besoin de liberté » : l'expression revient souvent dans la bouche de Renée Kobloth, lorsqu'elle évoque son mari Jean, disparu en 1980. Avec une autre : « un touche-à-tout ». L'exposition organisée par l'association Mémoires de Sélestat, Denise et Jean-Claude Klinger et l'office de la culture de Sélestat à la salle Sainte-Barbe témoigne de ces deux facettes chez celui qui s'est impliqué aussi bien dans le sport que la culture, la vie politique et ses entreprises de sérigraphie.

Son emprisonnement en
République tchèque puis
en Russie le marque profondément

 Jean Kobloth est né en 1924 : « il a été élevé de manière stricte, c'était un fils unique », raconte sa femme. Le jeune homme, élève au lycée Koeberlé, voit sa jeunesse marquée par la guerre. Incorporé de force dans le RAD puis dans la Wehrmacht, il est fait prisonnier par les Soviétiques, interné en République tchèque puis en Russie. Une expérience qui le marque profondément.
 A son retour, en 1946, il est seul : ses parents sont morts pendant la guerre. Le jeune homme suit les Arts Déco à Strasbourg et peint ses premiers tableaux. Membre du SCS depuis l'avant-guerre, il pratique l'athlétisme avec de bons résultats : il est champion d'Alsace de cross country en 1942 et deux fois champion d'Alsace au 4 fois 1500 m en 1951 et 1952. Il rejoint aussi le cercle catholique Aloysia (CCA) : dans la section théâtre, il rencontre sa future femme, qu'il épouse en 1953. La même année, il crée la section basket qui remportera plusieurs titres sous sa présidence.
 A partir de 1962 et jusqu'en 1972, il prend en effet la tête du CCA. Parmi ses réalisations, la création, en 1969, du hall sportif : pendant ce temps, « il n'y avait pas de crépi sur notre maison ! », plaisante Renée Kobloth. En 1965, Jean Kobloth, qui crée les ateliers de sérigraphie Kodec puis Sérial avec des associés, est élu conseiller municipal sous le mandat de Maurice Kubler. Il le restera jusqu'en 1977, date à laquelle il devient président de l'association Tourisme, culture et loisirs, succédant à Georges Klein. Impliqué dans le Corso fleuri, membre du cercle d'art de Sélestat, il participe en 1978 à la création du son et lumières à l'église Saint-Georges dont il écrit le texte.

« Il a été l'homme
providentiel de la culture
à Sélestat »

 « Il a été l'homme providentiel de la culture à Sélestat, estime Denise Klinger. Il a permis à des gens qui ne faisaient pas partie de structures de réaliser des tas d'événements. Il était très novateur pour ce qui est des arts plastiques et des spectacles en général. » « Homme pudique et très timide dans la vie publique », selon Jean-Marc Husser, président de Mémoires de Sélestat, il était aussi, selon Renée Kobloth, « droit, très carré, exigeant, mais d'abord avec lui-même ».
 Père de sept enfants (cinq filles et deux garçons), Jean Kobloth est peu à peu rattrapé par les séquelles de son emprisonnement. « Il avait une maladie des reins attrapée en captivité, explique sa femme. A sa libération, il s'est remis car son organisme était jeune. Mais à 50 ans, la maladie s'est déclarée. Il l'a acceptée difficilement. » C'est à cette époque qu'il se remet à la peinture. Là aussi, il fait figure de touche-à-tout, pratiquant aussi bien l'huile que l'aquarelle ou la peinture sur crépi, peignant des portraits, des paysages, des natures mortes. « Il ne peignait pas pour vendre mais pour s'exprimer, explique sa femme. On voit sur les derniers tableaux que les ciels sont sombres. Il était mélancolique, il connaissait sa fin mais il ne l'a jamais admis ». Ses poèmes, en alsacien et en français, témoignent aussi de cette mélancolie. Le 15 avril 1980, il décède quelques heures avant l'assemblée générale de l'association Tourisme, culture et loisirs qu'il devait présider.

 

Émilie Brotel

A l'occasion de cette exposition, Jean-Marc Husser proposera également à la municipalité que le nom de Jean Kobloth soit donné à une rue ou une place de Sélestat.Du mardi 13 avril au mardi 27 avril, tous les jours de 14 h 30 à 18 h 30 à la salle Sainte-Barbe. Entrée libre.
Édition du Mar 13 avril 2010