Ancrés au Corso

Ancrés au Corso

Depuis sa création en 1963, l'amicale des anciens marins participe chaque année au Corso en décorant un char. Son président, Ferdinand Hermann, raconte son expérience de la fête aux dahlias à travers l'associatif.

 « Je suis tombé dans le bain de l'associatif en 1951 », annonce Ferdinand Hermann, président de l'amicale des anciens marins. A l'époque, son grand-père, vice-président de la société d'aviculture de Sélestat, l'emmène dans la cour du restaurant Muhlbaechel pour confectionner les chars. Aujourd'hui âgé de 66 ans, Ferdinand Hermann conserve soigneusement la photo en noir et blanc, où on le voit, lui petit garçon, tenant un arc en main face à une cible en fleurs sur le char.
 Depuis ce moment, il n'a jamais cessé de participer au Corso, que ce soit au sein de l'association de la pêche et de la pisciculture, de l'aviculture ou des anciens marins. Enfant, il aidait à fabriquer les chars, selon les instructions des adultes. « Un jour, on m'a soulevé dans un jardin pour aller cueillir les fleurs. Ce n'était pas du vol, m'a-t-on expliqué, parce que les gens verraient leurs dahlias le lendemain sur les chars. » Après la cueillette, il fallait monter les chars. « On entendait boum boum toute la soirée », ajoute Ferdinand Hermann, rappelant que les dahlias étaient cloués par dizaines de milliers sur les structures en bois. Puis le petit garçon enfilait les costumes de la fête pour parader lors des défilés.
 Quand il eut pris quelques têtes de hauteur, le jeune garçon s'inscrivit aux cours de solfège. Une clarinette entre les doigts, achetée d'occasion, il se dépêcha d'intégrer l'orchestre municipal pour participer au défilé du Corso. « La motivation n'était pas dans l'argent. On avait une fierté de jouer. Les gens applaudissaient. »

"Unis comme à bord"

 Puis le jeune homme fêta ses dix-sept ans. Il terminait l'école de bâtelerie et s'en allait à la marine nationale, avant de devenir douanier maritime puis de travailler sur le Rhin. Sa vie sur l'eau ne l'empêchait pas pour autant d'assister au Corso : pour l'occasion, il jugulait ses déplacements afin de se trouver près de Sélestat. « Il fallait que je sois là pour décorer le char. » Pour preuve, alors qu'il avait 26 ou 27 ans, très occupé à la préparation des chars, il a raté le mariage d'un ami...
 Quelques années plus tôt, en 1963, l'amicale des anciens marins avait vu le jour. L'association regroupe désormais soixante-dix marins de Sélestat et des environs. Ces derniers se produisent régulièrement en choeur dans des maisons de retraite et apportent leur aide aux marins et anciens marins. Leur devise est « Unis comme à bord ». Depuis sa création, l'amicale est restée fidèle au Corso fleuri. Son char s'est décliné en drakkar, en paquebot ou encore en voilier.
 Le président de l'association est aujourd'hui Ferdinand Hermann. Selon lui, la participation au Corso fleuri est du donnant-donnant avec la municipalité : « C'est pour montrer que l'association est active et qu'elle est attachée à la ville. Sélestat le lui rend. Nous sommes représentés à toutes les manifestations patriotiques de la ville. »
 Les jours précédant le 80e anniversaire de la fête aux dahlias, l'ancien marin s'affaire sans relâche dans les ateliers municipaux. A défaut de bateau, c'est le char de l'orchidée, « une fleur rare », qui est décoré par l'amicale des anciens marins. Pour le montage des dahlias sur les chars dans les ateliers municipaux, le fils de Ferdinand Hermann, policier âgé de 34 ans, n'est pas en reste. A croire que ce dernier est aussi tombé dans le bain de l'associatif !

 

Julie Olivier

Édition du Sam 8 août 2009