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Le service public, une valeur locale

des-etudiants-pauvres-etaient-loges-nourris-et-blanchis-contre-services-a-la-paroisse-la-maison-ou.jpgun-tag-de-presque-450-ans-sur-l-eglise-saint-georges-niclaus-mandray-etait-eleve-de-l-ecole-latine-1.jpgLe service public, une valeur locale Un tag de presque 450 ans sur l’église Saint-Georges : Niclaus Mandray était élève de l’école latine en 1579. Photo Christine Romanus Marquons une pause dans cette balade à travers les quartiers de Sélestat pour nous intéresser à l’hôpital et à l’école, deux institutions bien ancrées dans la ville. L’HÔPITAL. L’hospitalité, au Moyen-Âge, est de règle : on se doit d’accueillir les malades, les pauvres, les vieillards et les voyageurs, obligation monastique généralisée aux communes. Le prieuré de sainte Foy y pourvoit au début, puis un petit hôpital est édifié près du port, au 17 rue des Tanneurs actuel. Il est remplacé vers 1300, par celui des Trinitaires de l’ordre du Saint-Esprit installé à l’extérieur du premier rempart, et à l’intérieur du deuxième, près de la Niederthor : une maison et une église, bientôt complétées par une ferme et toutes les installations nécessaires. Il y a le bureau et le logement de l’économe et de sa famille, une lingerie, des chambres pour les bonnes (à 13 lits), un réfectoire avec service en étain, une cuisine, des greniers, une salle pour les indigents (11 lits), une autre pour les malades (22 lits), une troisième pour les enfants, une chambre pour le personnel, l’appartement de l’aumônier, le logement du chef de culture, celui de son aide et du berger, une chapelle Saint-Nicolas (sous l’actuelle poudrière), un petit cimetière, des jardins et des vergers. Le tout en longueur, coincé entre les deux murailles. L’invention de la bourse d’études En 1474, le personnel de l’hôpital est exclusivement laïc et subordonné au magistrat. C’est un service public de proximité, gratuit et accessible à tous. L’ÉCOLE. L’école latine a porté la réputation de Sélestat bien au-delà des frontières de l’Alsace. Cette heureuse notoriété confrontait les habitants aux avantages et inconvénients de la présence de très nombreux jeunes gens dont un, au moins, a légué son nom à la postérité en le gravant sur l’église. La majorité des 700 élèves que paraît avoir comptés l’école est logée chez l’habitant, fournissant souvent un revenu complémentaire appréciable et parfois quelques dettes moins aimables. Il est bien demandé aux maîtres de veiller à ce que les élèves ne s’attardent pas dans la rue, ne s’y livrent pas à des jeux inconvenants et ne font pas de torts aux bourgeois. Mais la ville, fière de son école, se met en quatre : elle enrichit et entretient la bibliothèque, paye le directeur, fournit les locaux et du bois de chauffage dont elle contrôle le bon usage. Elle va plus loin, et crée une « école allemande » pour tous les enfants de la ville de moins de douze ans. Encore mieux, elle invente la bourse d’études. Quatre étudiants pauvres sont logés, nourris et blanchis contre services à la paroisse, en particulier chez les agonisants. La petite maison où ils logent existe encore, près de Saint-Georges. Elle porte sur son flanc une lame dorée. EN SAVOIR PLUS « Histoire architecturale et anecdotique de Sélestat » d’après Alexandre Dorlan

Sélestat Départ du sous-préfet

Sélestat Départ du sous-préfetSélestat Départ du sous-préfet La cérémonie de départ de Marie-Gabrielle Philippe, sous-préfet de Sélestat-Erstein, a eu lieu vendredi soir. Elle a été l’occasion pour le préfet de Région, Pierre-Etienne Bisch, de rassurer les élus : la sous-préfecture sera maintenue.

Une exposition témoignage

evan-reade-au-volant-d-une-jeep-d-epoque-photo-raymond-schoch.jpgUne exposition témoignage Evan Reade au volant d’une jeep d’époque. Photo Raymond Schoch Une exposition témoignage Au caveau Sainte-Barbe, l’association Mémoires de Sélestat a monté pour la 14 e année consécutive une exposition, avec un hommage particulier et mérité aux malgré-nous, 70 ans après leur incorporation de force. L’exposition intitulée « Sélestat dans la période sombre de son histoire » retrace les années de guerre, lors desquelles la ville était devenue « Schletschstadt », en présentant la vie quotidienne de ses habitants, les plans d’évacuation de la ville, l’accès aux abris, divers uniformes, mais également des documents évoquant la collaboration avec les Allemands. Il y avait salle comble pour l’inauguration de cette exposition qui recevait, sur invitation de Jean-Marc Husser, président de l’association, Evan Reade, consul général des Etats-Unis et Gilbert Roos, consul d’Israël. Un clin d’œil a en outre été fait aux soldats américains qui ont participé à la libération de Sélestat et au peuple juif qui a souffert lors de cette guerre. R.S.

Mémoires de nos pères

les-membres-de-memoires-de-selestat-ont-rassemble-de-nombreux-documents-photo-dna.jpg Sélestat Histoire - Sélestat Mémoires de nos pères Les membres de mémoires de Sélestat ont rassemblé de nombreux documents. PHOTO DNA L’association Mémoire de Sélestat expose ce week-end la vie quotidienne à Sélestat pendant la guerre. De nombreux documents ainsi que des objets de l’époque sont dévoilés à cette occasion. Jean-Marc Husser et son équipe de 110 membres vont présenter pendant une dizaine de jours, à partir de ce vendredi au caveau Sainte-Barbe, des photos et objets datant de la période 1939-1945. L’exposition explorera quatre thèmes : le conflit mondial, la vie quotidienne des Sélestadiens, Sélestat sous les bombes et la Libération. A cette occasion, trois consuls ont été invités : des Etats-Unis, d’Israël et du Maroc. 120 clichés et 200 objets d’époque La préparation a nécessité plusieurs mois de recherche auprès des Sélestadiens qui ont remis la plupart des documents. Les archives municipales ont aussi été sollicitées. Ce sont ainsi 120 clichés et 200 objets qui seront présentés au public. Jean-Marc Husser, le président de l’association, précise qu’à cette occasion tout n’a pas pu être montré car 70 ans plus tard, les blessures existent encore. « Aujourd’hui, il faut parler de cette période. D’ici quelques années, il n’y aura plus aucun témoin. Sélestat a reçu la croix de guerre en raison des difficiles combats et bombardements qui y sont survenus », insiste-t-il. Les Malgré-nous seront mis à l’honneur au même titre que les Résistants. On pourra y voir la guerre au travers du regard d’un enfant de 10 ans, on pourra revenir sur le passage du général De Gaulle et du général Leclerc dans la nuit du 24 décembre 1944. « Il ne s’agit pas de se substituer à l’historien, mais simplement de raconter la vie quotidienne des Sélestadiens », se défend Jean-Marc Husser.

esch’s wohr ?

L’affaire mystérieuse de l’affiche L’affiche, réalisée par l’association Mémoires de Sélestat à l’occasion de l’exposition sur la vie quotidienne sélestadienne pendant la Deuxième Guerre mondiale, est au centre de toutes les attentions. Elle devait être remise au consul du Maroc, d’Israël et des États-Unis lors du vernissage de vendredi soir au caveau Sainte-Barbe. Le consul du Maroc s’étant excusé, l’une d’elle a été planquée sous le pupitre en attendant qu’elle lui soit remise plus tard. Mais voilà qu’elle a été mystérieusement subtilisée ! Troublante affaire. D’autant que les soupçons se porteraient sur l’un des membres de l’association. Qui est le coupable ? L’avocat, le professeur, le médecin, le boulanger peut-être ? Non, ce n’est pas une partie de Cluedo comme proposée par Julien Labigne lors de son spectacle aux Tanzmatten… Information avérée, une vingtaine d’affiches ont été vendues, celles-là, au public, au prix de 3 euros à l’entrée de l’exposition.

Raviver les souvenirs de guerre

quelque-120-cliches-et-200-objets-sont-exposes-au-public-jusqu-au-23-septembre-photo-dna-jean-pa.jpgSélestat Exposition au caveau Sainte-Barbe Raviver les souvenirs de guerre Quelque 120 clichés et 200 objets sont exposés au public jusqu’au 23 septembre. Photo DNA – Jean-Paul Kaiser Au caveau Sainte-Barbe, une exposition retrace sans tabou la vie quotidienne des Sélestadiens pendant la guerre 39-45. Des objets, des lettres et des photos, collectés par l’association Mémoires de Sélestat. Vendredi, premier jour d’ouverture de l’exposition, 300 personnes sont venues se souvenir de ce qu’ils ont vécu pendant l’annexion, chercher des témoignages sur un de leurs parents disparus ou simplement connaître ce pan de l’Histoire que Jean-Marc Husser, président de l’association Mémoires de Sélestat, a voulu présenter dans toutes ses dimensions. « Il ne fallait pas omettre d’évoquer la collaboration et la résistance, ni la honte en ce 70 e anniversaire de l’incorporation de force ». Étienne Sengler, 87 ans, est un de ces malgré-nous. « Trop tard », estime-t-il, « On aurait dû en parler bien avant. Dans la salle de l’exposition, j’ai repéré quatre ou cinq personnes encore vivantes qui ont connu la guerre ». À 20 ans, il fut forcé de rejoindre le RAD (service du travail obligatoire) puis la Wehrmacht en tant que télégraphiste, « sa chance », dit-il, car il n’était pas « en première ligne ». Le 1 er mai 1945, il s’est retrouvé dans la bataille de Berlin, souffrant d’une balle perdue dans le genou. « J’ai appris seulement en 1995 que mon grand- père était résistant » « On m’a dit de ne pas dire que j’étais français car ils cherchaient les “Charlemagnes” comme ils appelaient la division de volontaires français pour combattre dans le dernier carré de la ville ». Étienne est un des derniers à revenir en novembre 1945 à Sélestat, amaigri par ces années de guerre. Marie-Charlotte Elsaesser, née Schoepff, n’a, quant à elle, pas vécu la guerre mais est venue chercher des réponses. Dans la collection de documents prêtés par Milo Menzer – son père Émile Menzer était chef des FFI (Forces françaises de l’intérieur) de l’arrondissement de Sélestat – elle a retrouvé le nom de son grand-père. « J’ai appris seulement en 1995, en fouillant dans la table de nuit de ma grand-mère, qu’il était résistant. C’est pour moi une grande fierté », confie la professeure d’anglais. Elle savait déjà que son papa avait conduit en mars 1944 deux Américains au Haut-Koenigsbourg. « Si je suis là aujourd’hui, c’est parce que je cherche quelqu’un qui pourrait me parler de mon oncle, Jean, qui a été dénoncé. Je sais seulement qu’il est mort en Pologne ».

Une pensée du citoyen d’honneur

andre-ehm-est-citoyen-d-honneur-archives-denis-ritzenthaler.jpg Une pensée du citoyen d’honneur André Ehm pour son frère Albert André Ehm est citoyen d’honneur. Archives Denis Ritzenthaler C’est le maire de Sélestat, Marcel Bauer, qui lui a annoncé la nouvelle il y a quelque temps, avant que les élus approuvent ce choix lors d’un conseil municipal : André Ehm a été choisi pour être le nouveau citoyen d’honneur de la Ville. Une annonce « d’autant plus agréable » que l’intéressé ne s’y attendait pas. Cette distinction sera d’autant plus émouvante pour André Ehm que son frère Albert, le maire de Sélestat de 1953 à 1965, est né un 12 août, il y a pile cent ans. L’élu avait d’ailleurs contribué à faire évoluer la fête : « sous son mandat, le Corso a été place sous un thème, les carcasses des chars ont été réalisées par les équipes municipales, des figurants sont apparus à côté des chars, nous apprend André Ehm, toutes ces modifications sont toujours en vigueur à l’heure actuelle. En 1960 fut aussi présenté pour la première fois un cortège nocturne qui remportant un grand succès auprès du public ». Faute d’éclairage suffisant, les musiques n’y ont pas participé et il faudra attendre l’arrivée de Marcel Bauer à la mairie pour que le Corso opte pour la formule deux défilés en un. Après avoir officiellement reçu le titre de citoyen d’honneur, demain samedi à 16 h sur la place de la Victoire, le dernier président de l’Office de la culture – qui devrait être dissous le 1 er janvier prochain après une assemblée générale extraordinaire en octobre – sera donc dans la tribune officielle du Corso pour assister au défilé. Caméra au poing. « Depuis toujours je filme le cortège, confie-t-il, mon frère Albert m’avait mis à contribution à l’époque et je n’ai jamais arrêté depuis ». le 10/08/2012 par Asy

Les légumes de Sélestat s’appuient sur Roch

la-statue-de-saint-roch-garnie-de-dahlias-est-portee-par-la-jeune-generation-des-familles-de-marai.jpgLes légumes de Sélestat s’appuient sur Roch La statue de saint Roch, garnie de dahlias, est portée par la jeune génération des familles de maraîchers de Sélestat. Photos C.-M. K. La corporation des maraîchers de Sélestat a fêté hier son patron, saint Roch. La tradition, vieille de plusieurs siècles, a rassemblé toutes les générations de jardiniers. 10 h 30, hier, devant le Cercle Catholique Aloysus de Sélestat. Les paniers garnis de légumes sont déposés à côté de l’enseigne en bois de la corporation des maraîchers. Les porteurs ajustent leur tablier. Toute la corporation est prête à célébrer son patron. « Saint Roch, c’est le vrai, assure Paul Bauer, Grand-maître de la corporation des maraîchers de Sélestat. D’autres maraîchers fêtent saint Fiacre, comme à Colmar. Mais saint Roch guérissait la lèpre avec des légumes. » Le saint fait en tout cas l’unanimité à Sélestat, qui continue de le fêter depuis le Moyen-Âge. Ce dont se félicite Paul Bauer. « Il ne faut pas laisser tomber les vieilles traditions », lance celui qui est à la tête d’une corporation de 87 membres et rassemblant 54 familles. « Un tiers travaille encore, les autres sont des anciens. Le plus âgé a cent ans ! » Autre fierté de la profession, celle d’arborer le porte-cierge tout juste restauré par Pascale Vallon, doreur de Rombach-le-Franc. L’objet quitte pour l’occasion la Bibliothèque humaniste, où il est conservé avec les porte-cierges des quatorze autres corporations de Sélestat (lire notre édition du mardi 14 août). « Il a deux siècles, explique un connaisseur de l’histoire de la ville. Il y est écrit, « en l’honneur », « semences » et « jardiniers » ; Les maraîchers, ce sont les jardiniers professionnels ! » Des outils de jardinage et de petites fleurs y sont aussi peints. « Là, les fleurs bleues, c’est de l’ail des ours ou de la famille de cette plante. Cela rappelle que saint Roch guérissait aussi avec des herbes. » Quelques minutes après, le cortège prend forme pour prendre la direction de l’église Saint-Georges. Quatre maraîchers portent les paniers remplis de salades, concombres, radis ou carottes. « Ils pèsent vingt kilos. On a mis des pommes de terre au fond pour qu’il y ait un peu de poids ! », s’amusent-ils. Les enfants eux portent la statue du saint patron, garnie de dahlias, fleur fétiche de Sélestat. « Je vois qu’il y a de la relève, c’est bien. Il faut conserver les traditions », sourit une habitante venue assister à la bénédiction du porte-cierge et des paniers sur le parvis de l’église, avant de se joindre à la messe. « C’est le jour où l’on remercie Dieu de nous protéger, car l’année est longue », insiste Paul Bauer. Une bénédiction encore plus la bienvenue en cette période de canicule ? « On sait qu’entre le 23 juillet et le 23 août, il peut y avoir des pointes de températures. On a l’habitude, on s’adapte. » Parole de maraîcher. le 20/08/2012 par Claire-Marie Kostmann

La mue du vieux Ladhof

a-deux-pas-du-vieux-port-la-rue-des-tanneurs-photo-catherine-chenciner.jpgQuartiers d’été (5) La mue du vieux Ladhof À deux pas du Vieux-Port, la rue des Tanneurs.Photo Catherine Chenciner Notre balade historique à travers Sélestat passe à présent par le Vieux-Port qui est bien différent de celui du Moyen-Âge. Le quartier du Vieux-Port à Sélestat est celui qui a le plus changé depuis le Moyen-Âge. L’arrivée de l’Ill sur la ville est très différente. La rivière coule sur de la terre molle vers l’Est. En arrivant sur Sélestat, elle forme un coude, parce qu’elle rencontre un obstacle naturel plus dur ; le flot est à cet endroit partagé en deux bras, le cours principal allant droit vers l’Est, et le cours secondaire frôlant la ville au niveau de l’actuelle place du Vieux-Port et retournant au lit principal avec les eaux du Gerberbach qui coule encore sous le quai des Tanneurs. Les bateliers utilisent évidemment le petit bras, embarquent et débarquent les marchandises sur le quai qui occupe le côté nord de la place, celui de l’hôpital bourgeois. Tout transite par l’eau, les tonneaux, les légumes, le vin. Le trafic est intense, c’est lui qui fait la richesse de la ville. Comme à Amsterdam : quartier chaud et contrebande La vieille tour dont on voit encore les deux tiers supérieurs, date probablement de 1280. Elle est construite sur l’espèce d’île séparant les deux bras de la rivière, pour augmenter la protection de ce quartier, qu’il est impératif (tant il génère de richesses) mais très difficile (une terre meuble, trois lits d’eau) de mettre à l’abri. Au fil des siècles, le tirant d’eau du petit bras diminue, le sable que charrie l’Ill étant naturellement déposé à l’extérieur du coude que forme la rivière. Tout au long du XIV e siècle, on discute du problème : il faut déplacer le port. En 1397, c’est un ouragan qui décide : il arrache le clocher de la cathédrale de Strasbourg et fait s’écrouler une partie des remparts de Sélestat. Qui rebâtit, englobe le vieux Ladhof par un ajout aux remparts, construit sous le parking Vauban actuel un nouveau quai et de beaux entrepôts, bien aérés. Et d’efficaces bureaux de douane. En 1402, le petit bras d’eau est comblé, le vieux Ladhof est devenu une place publique. Les pêcheurs sont probablement les premiers à s’être organisés en corporation. Leur poêle, place du Vieux-Port, devint un piteux hôpital militaire, dont le responsable, M. de Bonfond, s’arrache les cheveux en octobre 1690 : 740 soldats y sont alors soignés, « qui tous ne se plaignent que d’avoir froid, à quoy je ne puis remédier sans courir le risque de brûler les casernes où ils sont ». Ceux qui ont déjà visité Amsterdam le savent : l’accueil des marins est assuré dans certains quartiers qui en tirent largement profit. À Sélestat aussi, on dorlote les marins – et les autres – dans la Liesgassle, la ruelle des Poux, petite ruelle en angle qui continuait la rue de l’Or de l’autre côté du Gerberbach et menait au port. Elle est actuellement fermée par des garages privés. La contrebande est l’effet pervers des nouvelles installations, qui ne permettent plus de vue d’ensemble : au lieu de débarquer les marchandises au nouveau quai, et de payer les taxes correspondantes, les petits malins remontent le Gerberbach, qui n’a été canalisé et rétréci qu’en 1612, et les débarquent en douce. Au risque de se faire prendre, évidemment. EN SAVOIR PLUS « Histoire architecturale et anecdotique de Sélestat » d’après Alexandre Dorlan le 21/08/2012 par Christine Romanus

Le gardien ,passage au Ritterhof

raymond-muller-devant-le-puits-portant-la-date-1410-photo-c-c.jpgLe gardien, de passage au Ritterhof Raymond Muller, devant le puits portant la date 1410.Photo C.C. Président de l’Association des amis de la bibliothèque humaniste, ainsi que de la Société d’histoire et d’archéologie de Sélestat et environs, Raymond Muller est un fin connaisseur du passé de sa ville. « Un virus que je cultive précieusement depuis longtemps », sourit-il. Aussi, en 1997, lorsque son épouse et lui, tous deux « Sélestadiens d’origine et de cœur », sont rentrés de Bruxelles où ils étaient fonctionnaires de l’Union européenne, ils n’ont « pas hésité une seconde » à investir dans une belle pièce du patrimoine local, le Ritterhof, ancienne propriété des chevaliers de Malte, située place du Vieux-marché-aux-vins et remontant à 1260. « C ’est extraordinaire, nous avons cette chance unique d’être les troisièmes propriétaires en 800 ans d’histoire, après l’ordre de Malte, puis la famille Dengler, dont faisait partie Auguste Stoffel, premier maire français de Sélestat après 1918, développe-t-il. L’histoire de la commanderie Saint-Jean a commencé ici, sur des terrains de la famille Rathsamhausen, à l’extérieur du premier rempart ». À la Révolution française, en 1793, une partie de cette importante commanderie Saint-Jean, comptant cour et jardin, est devenue bien national et, plus tard, a abrité un collège de jeunes filles, tandis que le Ritterhof a été acquis par le maître de poste de la ville. Bien des années plus tard, on peut voir, sur l’un des murs un chevalier portant une bannière que Raymond Muller a fait peindre, d’après un vitrail de 1525 se trouvant dans la maison. Il a aussi créé un jardinet de plantes médicinales. « pour rappeler la fonction d’hospitalier des Johannites ». « C’était à la fois une école pour la formation de jeunes nobles qui partent pour les croisades, en même temps qu’un lieu de repos pour ceux qui en revenaient ». « Respectueux » de ce cadre exceptionnel, en plein périmètre classé, Raymond Muller n’a effectué à l’intérieur que les travaux de rénovation indispensables pour « en faire une habitation du XX e siècle ». « Nous avons installé le chauffage central. Quand nous sommes arrivés, il y avait douze poêles à bois ! Nous avons apporté des retouches, toiletté la vieille dame ». « Une maison comme celle-là, il ne faut pas s’en sentir propriétaire. Elle appartient au patrimoine de la ville, pas mal de personnages y sont passés. Il y a une ambiance particulière, indéfinissable, un peu hors du temps » , estime l’historien, qui se sent comme « un gardien, un passant ». « Cette maison, on l’habite, on l’entretient et on la transmet aux suivants ». Et ce, ajoute-t-il, sans pour autant la transformer en un musée : « Il y a quelques meubles anciens qui témoignent des périodes passées, d’autres modernes. La maison doit continuer à vivre, chaque génération y laissant des traces… » le 18/08/2012 par C.C.

Saint-Quirin

un-bouillon-de-cultures.jpgQuartiers d’été (4) Un bouillon de cultures Saint-Quirin, ancienne église du couvent de Sylo, dont l’état actuel se dégrade. Photo Christine Romanus « L’Alsace » poursuit sa découverte de Sélestat par ses quartiers, de La Commanderie au temple, en passant par Saint- Quirin… Les nouveaux remparts mettent les monastères à l’abri. Sauf les Hospitaliers, ou Chevaliers de saint Jean, qui accueillent gratuitement dans leur maison à l’extérieur les touristes, pèlerins et autres voyageurs. Installés en 1222 (?) sur un jardin appartenant aux Rathsamausen, ils sont contents de respirer l’air vivifiant de la campagne. Petit à petit, ils vont déborder vers l’intérieur. Il reste d’eux le Ritterhof et la Commanderie. Les Dominicaines s’installent en 1245 sur des terres du prieuré de sainte Foy, rejointes en 1258 par quelques sœurs de l’abbaye de Sylo, près de Ribeauvillé. Elles construisent un petit oratoire à saint André qui est inauguré en 1270 par Albert le Grand, alors évêque de Ratisbonne. Puis des bâtiments conventuels dont l’église terminée en 1286 est construite tout à fait exceptionnellement « au midi du cloître » à cause du premier rempart qui coupe la parcelle en deux. Actuellement, leur beau cloître est en train de tomber en ruines. Béguines et Béguards Les Franciscains, invités par les De Werdt, démarrent la construction de leur couvent en 1280, à l’emplacement de l’hôtel des Rathsamausen. Le Muhlbach passe sous une voûte, entre l’église et le cloître. Intact jusqu’en 1881, il n’en reste que le chœur devenu temple protestant. Les Dominicains s’installent en 1294 à l’invitation des Botzheim. Leur église, inaugurée en 1316, est dotée d’une riche bibliothèque qui fait l’admiration des visiteurs. Il ne reste d’eux que le nom d’une rue et une stèle rue des Prêcheurs. À Sélestat comme à Bruges, il y a des Béguines et des Béguards, mais hélas, pas de joli béguinage. Les Béguines étaient installées à quelques-unes dans des maisons proches des Franciscains : place du Serpent, rue Jeanne-d’Arc ou au fond de l’impasse Plobmann. Vêtues de gris, elles ont à charge le soin des malades et des tombes. Ce ne sont pas des religieuses, elles ne sont pas cloîtrées et conservent leurs biens. Les Beghards, leur pendant masculin, vivent dans l’impasse de la rue des Clefs. Les deux disparaissent avant 1530. Émulation intellectuelle La concentration de maisons religieuses est assez extraordinaire dans ce petit périmètre. À plusieurs reprises, on essaye de les limiter : en 1422, un arrêté municipal interdit aux artisans de construire pour les couvents. Louis XIV les oblige à céder du terrain pour construire des maisons à loyer. Mais l’émulation qui devait être rude entre les ordres a aussi été un facteur fort de développement intellectuel et a contribué à servir le goût de l’instruction amené par la suite à son plus haut niveau par l’école latine. Vers 1350, il y a 500 à 550 maisons, environ 5500 habitants (1303 contribuables en 1396, dont 200 dans le Faubourg). Il ne subsiste plus grand-chose des biens immobiliers détenus par la trentaine de familles qui avaient pignon sur rue. Celle que regretteront le plus les enfants est la maison des Botzheim, à l’angle de la rue des Chevaliers et de la rue du Marteau où habitait aussi M. Hammer : entre autres agréments, elle possédait un zoo. EN SAVOIR PLUS « Histoire architecturale et anecdotique de Sélestat » d’après Alexandre Dorlan le 18/08/2012 par Christine Romanus

Centre-Alsace Il y a 70 ans, l’incorporation de force

camille-hihn-photo-dna-jean-francois-ott.jpgrene-herzog-photo-dna-jean-francois-ott.jpgCentre-Alsace Il y a 70 ans, l’incorporation de force Le temps des miraculés Photo DNA - Jean-François Ott Il y a 70 ans, l’administration nazie décrétait l’enrôlement obligatoire d’une partie des Alsaciens sous l’uniforme allemand. Aujourd’hui, les Malgré-Nous commencent à se compter sur les doigts de la main. Combien seront encore là dans dix ans ? Le temps des miraculés sera bientôt révolu. Alors autant les entendre tant que cela est encore possible… Ceux qui sont encore de ce monde pour raconter aux autres doivent beaucoup à leur ange gardien d’être encore en vie. Dans leur malheur, ils ont accumulé les coups de chance, voire les miracles, pour se sortir du pétrin de l’incorporation… Pris et repris… C’est le cas, par exemple, de René Herzog, aujourd’hui âgé de 92 ans. « Lorsque les Allemands ont franchi le Rhin, l’administration nous a suggéré de fuir, pour leur échapper. Nous étions quelques-uns à avoir pris nos bicyclettes pour passer le col de Sainte-Marie-aux-Mines. De l’autre côté, les Allemands nous attendaient, ils avaient déjà contourné la ligne Maginot… » Pas de chance, cette fois-ci… « Lorsque nous avons été mobilisés pour nous rendre au Reichsarbeitsdienst (RAD, le travail obligatoire en Allemagne), nous arborions le drapeau tricolore dans le train, pour narguer les Allemands. Sur place, cela a duré trois mois. Puis lorsque l’incorporation de force a été validée, un ami et moi-même nous sommes proposés comme aide-formateurs au RAD. Cela nous a fait gagner trois mois. Idem après nos classes, nous étions volontaires pour devenir officiers en nous disant : “si tu vas à l’école, tu n’es pas au front “. On a encore gagné trois mois. » « Ayant épuisé tous les subterfuges, on a quand même dû rejoindre le front, en Italie. Avec un autre, j’étais aux avant-postes. On s’est tout de suite fait intercepter par des Anglais. On était heureux, la guerre était finie pour nous. Manque de bol, les Allemands nous ont repris… » Une boîte de conserve pour cinq « La seule fois où j’ai essuyé le feu, je m’étais retrouvé au coin d’une maison, un char me faisait face. Heureusement, il a tourné dans l’autre direction… » « Quelques mois plus tard, l’administration a enfin accepté ma demande de mariage. J’ai eu huit jours de permission. Je pensais déserter, mais il y aurait eu des représailles contre ma famille. Je suis donc parti à Dresde. Lorsque la ville a été bombardée, j’ai été blessé. Par chance, l’hôpital étant bondé, une cousine a pu m’accueillir, dans les environs. Je mettais des rognures d’ongle dans la plaie pour ralentir la guérison ». « Lorsque les Alliés sont arrivés, je pensais pouvoir rentrer rapidement. Mais non : ils m’ont fait transiter dans cinq camps différents, avec pour toute nourriture une boîte de conserve pour cinq. » Au fil des bombardements Les tribulations du Sélestadien Camille Hihn, aujourd’hui âgé de 85 ans, sont particulièrement riches en rebondissements. « À 17 ans, j’ai dû faire mon service obligatoire au RAD. Au départ, j’avais ma carte d’identité française, 300 francs donnés par mon père, qui m’auraient servi en cas d’évasion, et des rubans tricolores. Plus tard, lorsque je me suis évadé avec mes cinq compagnons, on a tous mis l’un de ces rubans sur la tête. Le premier soldat allié que nous avons rencontré était un officier français, qui nous a pris sous sa protection. » « Lorsqu’on a entendu que Sélestat avait été libérée, on a voulu s’évader une première fois. Un lieutenant a été mis au courant de notre projet, il aurait pu nous dénoncer. Mais nous le croisions régulièrement dans les cuisines, raison pour laquelle il n’a sans doute pas sévi. » « En mars 1945, je faisais mes classes à Fulrad. La caserne a été bombardée, on s’est retrouvés bloqués dans une cave. Mais vivants… Puis on a voulu nous transférer vers le Danemark. À chaque fois qu’un train était constitué, il se faisait bombarder… On a ainsi pu éviter le front, et en profiter pour nous évader. » « Mon frère aussi s’est évadé. Il a marché des plaines roumaines jusqu’au Rhin, de nuit. Il s’est fait attraper au dernier moment… » «J’ai transité dans 11 camps différents» « Prisonnier des Américains, j’ai transité dans 11 camps différents. Je suis passé par Le Havre, où je devais m’embarquer pour l’Amérique, les autorités voulant “nous montrer“ dans leurs grandes villes. Au dernier moment, un type a demandé à tous les non-Allemands de rester à terre, via les haut-parleurs. C’était moins une… » « Arrivé au camp de Chalon-sur-Saône, je voulais prévenir mon oncle, qui résidait à Beaune. J’ai donné une enveloppe à la première personne que j’ai croisée dans la rue. Par chance, c’était une voisine… » L’Anne Franck de Triembach Âgé aujourd’hui de 84 ans, Tharsice Kuhn, qui habite Triembach-au-Val, a partagé la condition de fugitif de son frère Joseph, ce dernier ayant vécu caché pendant plus de deux ans. « Le 17 octobre 1942, mon frère a choisi de fuir l’incorporation. Il a voulu passer la frontière au Climont, s’est fait tirer dessus, et est revenu à Triembach. Nous le croyions parti, nous étions heureux. Ma mère nous a finalement avertis qu’il a échoué et s’est caché dans notre maison. Elle a déclaré aux Allemands que son fils s’était donné la mort. Pendant ce temps, nous avons construit un réduit de 60 cm de largeur, dans la cave, dans lequel il se cachait en cas d’alerte. Il a vécu ainsi pendant 25 mois, caché aux yeux de tout le monde. Les Allemands venaient fouiller régulièrement la maison, contrairement à Anne Franck, ils ne l’ont jamais découvert. » « C’est la charité publique qui nous a nourris » « Mon deuxième frère a rejoint le front russe à Riga. Il est mort là-bas. Lorsque j’ai appris la nouvelle, j’étais incorporé dans une unité allemande. J’ai alors pu bénéficier d’une permission, en septembre 1944. Au moment de repartir, mon oncle m’a caché dans le grenier de l’hôpital civil de Sélestat pendant trois mois, avec un soldat français qui m’a réappris la langue française. C’est la charité publique qui nous a nourris. Heureusement, personne ne nous a dénoncés ». « Lorsque la Gestapo a appris ma désertion, les agents sont allés questionner ma mère. Mais il n’y a pas eu de représailles. Ils étaient sans doute trop occupés à sauver leur peau. » « Lorsque Triembach a été bombardé, mon frère a dû quitter sa cache. Heureusement, puisque la maison a été en partie démolie. Il l’a fait en se déguisant en jeune fille… » Joseph Kuhn a survécu à ses trois années de captivité, pour finalement être fauché par la maladie en 1947. par Propos recueillis par JF-Ott, publié le 18/08/2012

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Le cordonnier qui vivait dans la tour de l'église Saint-Georges

le-cordonnier-qui-vivait-dans-la-tour-de-l-eglise-saint-georges-veillait-sur-la-ville-tout-en-travai-1.jpg Quartiers d’été L’essor d’une ville Le cordonnier qui vivait dans la tour de l’église Saint-Georges veillait sur la ville tout en travaillant. Photo Catherine Chenciner Notre flânerie à travers les quartiers de Sélestat se poursuit du côté du Marché-aux-Pots, de la rue Déroulède et d’une nouvelle église paroissiale… Le 10 avril 1217, il y a bientôt 800 ans, naissait par un accord entre Frédéric II et le prieur Pierre, la ville de Sélestat. Le prieur abandonne à l’empereur divers droits, la moitié des péages et des amendes, la nomination du prévôt et du collecteur. En échange, il obtient toutes les possessions royales de Sélestat, Burner et Kintzheim. La ville doit désormais se protéger et construit ses remparts : une enceinte de 1100 mètres bordée d’eau, en briques et soubassement de pierres, crénelée, avec 18 tours. Trois portes permettent d’y entrer : l’Oberthor, au centre du Marché aux pots, la Niederthor, à la place de la porte de Strasbourg, et la Fischerthor, qui mène au port. Les portes sont gardées, ouvertes au petit jour et fermées la nuit. Il y a trois voies principales : Oberthor, rue des Serruriers, rue de l’Église ; Oberthor, rue des Marchands, Marché vert, Niederthor ; Niederthor, rue des Veaux, rue des Oies, Fischerthor. Les autres rues mènent aux remparts et finissent en escalier : impasses de la Jauge, des Pigeons et de l’Église, rues du Vieux-Marché-aux-Vins, de la Bibliothèque, du Babil, de l’Abattoir, et même la rue des Chevaliers. Environ 270 maisons, peintes de couleurs vives, occupent les deux tiers de la superficie. Le tiers restant appartient aux couvents et aux monastères. La rue du Sel est un sentier qui longe le petit Giessen. Bouchons au marché Hors ces murs, il y a divers établissements rattachés à la ville. L’un d’eux, situé Porte de Colmar, est une tuilerie. Un four immense, surmonté d’une cheminée, 10 à 15 mètres de haut. En 1245, on y découvre, ou on y redécouvre la technique de la poterie vernissée, technique qui s’exporte très vite, très loin, et fait la gloire de Sélestat. On y cuit de la vaisselle, des carreaux de sol et de poêle et, au XV e siècle, ces merveilleuses feuilles d’érable vernissées qui ornent encore aujourd’hui les faîtes du chœur de Saint-Georges. Le marché aux pots est installé à l’Oberthor, rue Déroulède. L’endroit est plein de vie : les arrivants en ville, piétons, cavaliers, charrettes, passent entre les éventaires et payent le péage. Il devait y avoir quelques bouchons. Curieuse construction La ville est en essor : la tuilerie attire de nombreux potiers, le port marche bien, de nombreuses communautés religieuses veulent se mettre à l’abri des murs. Les Dominicaines, les Chevaliers de saint Jean, les Dominicains, les Franciscains s’entassent et débordent même des murs. Les habitants décident de se doter d’une église paroissiale, et démolissent pour la construire la chapelle romane qui avait remplacé la chapelle palatine. Curieuse construction que cette église Saint-Georges, achevée vers 1230, dotée d’un nouveau chœur en 1415, mais ne répondant à aucun plan d’ensemble. La confrérie Maria Raydt est chargée de suivre les comptes ; au XVI e siècle, elle s’installe dans les anciens locaux de l’école latine et y reste jusqu’à la Révolution. À Ribeauvillé, elle existe encore. Dans la tour de Saint-Georges se cache une petite maison. Elle servait aux cordonniers qui veillaient sur la ville tout en travaillant. Elle est presque en ruine, mais encore équipée de sa gouttière. Dans quelles tempêtes surréalistes est pris ce clocher ? EN SAVOIR PLUS « Histoire architecturale et anecdotique de Sélestat » d’après Alexandre Dorlan. le 25/07/2012 à 05:00 par Christine Romanus

Bicentenaire du corps des sapeurs-pompiers

la-flamme-du-devouement-ne-s-eteint-jamais.jpegEDITION DE SÉLESTAT / CENTRE-ALSACE SECTEUR DE SÉLESTAT par Vivien Montag, publié le 13/07/2012 Sélestat Bicentenaire du corps des sapeurs-pompiers La flamme du dévouement ne s’éteint jamais… A gauche, Jean Meyer, lors d’un défilé. Photo DNA - Franck Delhomme Engagé chez les pompiers sélestadiens en juin 1939, Jean Meyer est aujourd’hui le plus ancien soldat du feu ayant servi dans les rangs du corps des pompiers de la cité humaniste. A 90 ans, l’ancien lieutenant aura passé 43 années sous l’uniforme. Ce week-end, il défilera dans la Delahaye restaurée en tant que chef d’agrès. Son copain Leon Wehrlé, 79 ans, sera au volant. Ce week-end, pour les cérémonies du bicentenaire du corps des sapeurs-pompiers de Sélestat, Jean Meyer défilera en tant que chef d’agrès à bord de la Delahaye restaurée. C’est d’ailleurs à bord de ce même véhicule qu’il a effectué sa première intervention il y a 73 ans. « C’était à Boesenbiesen. Un hangar avait pris feu », raconte- t-il, avare de mots. Jean Meyer est entré chez les pompiers de Sélestat en juin 1939. Il n’a alors que 17 ans. « Je suis devenu pompier presque par obligation. Mon père Jean l’était déjà. » Jean Meyer a servi chez les pompiers pendant 43 ans en parallèle à son activité professionnelle d’artisan platrier. Il gravit les échellons lentement. Il devient caporal à la fin des années 50, obtient le grade de sergent en 1954, puis de sergent-chef en 1960. Il devient adjudant en 1964, puis sous lieutenant en 1968 et lieutenant en 1971. Il achève sa carrière le 27 mai 1982 atteint par la limite d’âge. Des systèmes de communications inexistants Lors de sa cérémonie de départ, le chef de corps Camille Hihn, qui connaissait Jean Meyer depuis 1950, dira de lui qu’il était « un homme zélé, un homme de valeur et de dévouement. » Jean Meyer garde le souvenir de quelques interventions marquantes comme les deux incendies de l’institut Willerhoff à Hilsenheim où le feu avait pris dans les écuries. Et les feux à répétition dans la commune d’Ebersheim. « Le village avait beaucoup d’exploitations agricoles. Les feux se propageaient rapidement. Car les granges étaient collées les unes aux autres. » Dans ces années-là, les pompiers ne disposaient que d’un dépôt d’incendie à l’arsenal Sainte-Barbe. Les soldats du feu déménageront au « pavillon », place du marché aux choux, avant d’intégrer au début des années 70 le centre de secours actuel. L’alerte était donnée par la sirène. Les pompiers se précipitaient au dépôt pour récupérer l’équipement et se rendre sur les lieux du sinistre. Ils disposaient d’une combinaison d’entraînement et d’une tenue de sortie bleue marine. Des manoeuvres étaient organisées les dimanches de 6h30 et à 10h. « Il y avait au minimum trente personnes en manoeuvre. » Jusqu’en 1966, les effectifs du corps des pompiers sélestadiens montent jusqu’à 110 hommes. Le virage s’opère à la fin des années 60 avec l’instauration d’un nouveau réglement : moins de personnel mais mieux formés. « Les véhicules de secours et les équipements étant plus modernes, il y avait besoin de moins de bras. » A l’époque, les moyens de communication étaient inexistants. Dans certains véhicules, un pompier faisait office de téléphoniste. Sa mission était de trouver un téléphone dans les environs de l’intervention afin de rappeler d’autres moyens de secours si besoin. « Je me souviens d’une intervention à Dambach-la-Ville où je m’étais rendu dans un restaurant. A la fin de la communication, le patron m’avait demandé un franc ! » Au début des années 70, les pompiers ont pioché dans la caisse de l’amicale pour s’équiper d’une cisaille de désincarcération. Ils avaient même traversé le Rhin afin d’aller chercher l’équipement chez leurs homologues à Waldkirch. Les pompiers n’intervenaient que rarement sur les accidents de circulation. La première formation de secours routiers ne sera dispensé aux soldats du feu qu’au milieu des années 70… Jean Meyer a bien connu un temps que les moins de 30 ans peuvent difficilemnt s’imaginer…

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Foyer Saint-Georges

c-etait-en-1965-lors-de-l-inauguration-des-petites-salles-du-foyer-saint-georges-dr.jpg Bas-Rhin Alsace Centrale Exposition Un siècle d’histoires au foyer Saint-Georges C’était en 1965 lors de l’inauguration des petites salles du foyer Saint-Georges. DR Le foyer Saint-Georges de Sélestat fête ses cent ans lors de sa kermesse ce week-end. Les photos anciennes y sont reines. La kermesse de la paroisse catholique de Sélestat a lieu ce week-end. Elle est précédée cette année par une exposition montée avec la complicité de l’association Mémoire de Sélestat. Documents, photos et souvenirs rassemblés rappellent quelques pages de l’histoire du foyer. Les portes de l’exposition sont ouvertes depuis hier de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h. « Nous fêtons le centenaire du foyer de la rue du Gartfeld », explique Arnaud Grandadam. Il supplée Marcel Brunstein qui, cette année, ne peut porter le poids de la responsabilité de l’événement de la paroisse Saint-François et Sainte-Claire de Sélestat. Les dangers des robes moulantes... L’exposition retrace 100 ans de fonctionnement de ce foyer à travers des documents et photos que des Sélestadiens gardaient précieusement chez eux. Des équipes d’Ames Vaillantes y ont grandi. Les locaux accueillaient surtout les jeunes filles encadrées alors par des religieuses et un aumônier. Les réunions avaient lieu après l’office des vêpres jusqu’à 18 h 30. Des photographies datant de 1912 montrent les demoiselles du patronage Sainte-Odile, d’autres de la fin des années 20 évoquent le théâtre. À l’époque, au foyer, on met en garde les filles qui portent des habits « trop moulants ». « En cas de chute accidentelle dans l’Ill, la noyade est inévitable si les vêtements féminins sont trop moulants comme le veut la mode… », dit la consigne. De 1925, il reste les souvenirs du groupe de mandolines et de guitares et des séances de danse. Le théâtre permettait aussi de parler des conditions de travail comme le rappelle cette pièce intitulée « Ca suit », présentée par les filles qui étaient syndiquées. Il est question de la JOCF. « Nous avons surtout appris à vivre ensemble », note ce témoin qui se souvient de Sœur Marie-Assumpta et de Sœur Paulina. « Le bâtiment a toujours été réservé aux mouvements paroissiaux », note Arnaud Grandadam. Les locaux accueillaient aussi des générations d’acteurs amateurs qui jouaient des pièces de théâtre en alsacien. « La dernière rénovation a été entreprise en 1982 sous l’impulsion de l’abbé Lucien Wirth, alors curé de la paroisse Saint-Georges », rappelle le responsable de l’exposition inaugurée vendredi à 18 h. Samedi 9 et dimanche 10 juin, le foyer accueillera aussi la kermesse paroissiale. le 07/06/2012

Commémoration Foyer Saint-Georges

en-1912-les-filles-etaient-les-residentes-du-foyer-saint-georges-anciennement-patronage-ste-odile-1.jpgen-1912-les-filles-etaient-les-residentes-du-foyer-saint-georges-anciennement-patronage-ste-odile.jpgSélestat Commémoration - Le foyer Saint-Georges se prépare à fêter son siècle En 1912 les filles étaient les résidentes du foyer Saint-Georges anciennement patronage Ste Odile. - Le foyer Saint-Georges fête cette année son 100e anniversaire. Une rétrospective des différents moments qui ont rythmés son siècle d’existence est visible dans les locaux. Un nombreux public est attendu pour cet évènement. ARNAUD GRANDADAM, responsable de l’organisation du 100e anniversaire du foyer Saint-Georges raconte à quel point ce lieu a une vie intense. Crée en 1912, le foyer s’appelait à l’époque le patronage Ste Odile. Il accueillait des filles. Il s’est vu évoluer vers différents mouvements paroissiaux. Le théâtre qui est encore dans les murs avait une existence importante. Une grosse rénovation au début des années 80 Une rénovation a eu lieu en 1965. Mais celle qui fut la plus marquante date du début des années 1980. Le père Lucien Wirth qui avec son équipe de bénévole issu du mouvement de la paroisse a effectué plus de 1000 heures de travaux sans compter les sous-traitants. Aujourd’hui le week-end du 100e anniversaire du foyer verra une exposition de tous les moments de ce siècle écoulé. Un nombre très important de documents et de photos prêtés par l’association « Mémoire de Sélestat » ainsi que les particuliers feront vivre et revivre la période. L’exposition est visible du 6 au 10 juin de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h. À cette occasion la municipalité de Sélesat viendra inaugurer cet événement vendredi après-midi. Le week-end sera également l’occasion de fêter la kermesse annuelle du foyer.

SELESTAT :Politique

valery-giscard-d-estaing-est-venu-remettre-la-legion-d-honneur-au-docteur-maurice-kubler-en-1976-1.jpgEn attendant de connaître le nom du futur président de la République et son hypothétique déplacement en Centre-Alsace, ils sont quelques- uns à être venus en visite officielle pendant qu’ils exerçaient les plus hautes fonctions de l’État. Rétrospective et souvenirs de Sélestadiens. Ils occupaient la plus importante fonction de l’Etat. Ils sont passés par Sélestat. Quelques présidents ont en effet fait le déplacement jusqu’à la capitale du Centre-Alsace durant leur mandat. Parfois pour seulement quelques minutes… Mais le protocole a toujours été respecté ! Ainsi, Raymond Poincaré, président de la République, est reçu une première fois le 10 décembre 1918 par le maire Auguste Stoffel, puis le 20 août 1919. L’homme d’Etat avait peut-être d’autant plus de facilités à venir dans la cité humaniste. Puisque le maire de l’époque n’était autre qu’un de ses cousins… « J’ai dû réciter le discours à tous les élus et au curé avant la visite de Vincent Auriol » Le président Alexandre Millerand viendra aussi le 29 mai 1923 remettre la croix de guerre à la ville de Sélestat, toujours au maire Stoffel. Le 4 juillet 1948, Vincent Auriol sera, lui, reçu par le maire Joseph Klein en gare de Sélestat. La visite présidentielle ne dépassera d’ailleurs pas le quart d’heure. Le président remontera bien vite dans le train afin de poursuivre son voyage à travers l’Alsace. Alors enfant, la Sélestadienne Jeanne Nickels Gal se souvient bien de ce jour particulier. Et pour cause, c’est elle qui a fait le discours de bienvenue en costume d’Alsacienne ! « Je ne sais plus comment j’avais été choisie pour accueillir le président. L’école, peut-être. J’avais appris par cœur le discours. J’avais dû aller le réciter quelques jours avant aux adjoints, au maire et au curé. Le jour venu, en gare de Sélestat, il y avait plein de fils partout pour retransmettre les discours par haut-parleur. J’avais un peu d’appréhension parce qu’en plus j’entendais beaucoup ma voix qui résonnait. Mais je m’en suis bien sortie. » Quelques jours plus tard, Jeanne recevra par courrier de nombreux livres en remerciement de sa prestation. Sous la V e République, le général De Gaulle est le premier président à passer par Sélestat le 21 novembre 1959 dans le cadre d’un voyage en Alsace de trois jours. Le représentant de l’Etat est reçu par le député-maire Albert Ehm dans une grande liesse populaire. Fils des propriétaires de l’ancien cinéma Trianon (à l’emplacement actuel de la librairie Wachenheim), Claude Schirlen avait une quinzaine d’années lors du passage du Général de Gaulle dans les rues de Sélestat. Il avoue ne plus avoir de souvenir de cette journée. Mais il tient de son père une drôle d’anecdote : « Les Renseignements Généraux étaient venus quelques jours avant pour préparer la visite présidentielle. Ils ont fait retirer toutes les affiches du film projeté. C’était une production allemande. Mes parents n’ont jamais reçu vraiment d’explications à ce sujet. » Alors ministre des finances, Valéry Giscard d’Estaing vient inaugurer la nouvelle caserne des pompiers en 1971. Il est accueilli par le maire Kubler. Camille Hihn, alors capitaine et chef de corps des pompiers se souvient de ce passage. Élu président, VGE reviendra en 1976 décorer le Dr Kubler du titre de Chevalier de la Légion d’honneur. « J’ai revu M Giscard d’Estaing lors de sa dernière visite au Lycée Koeberlé en 2010. Je lui ai rappelé ses précédents passages. Il se souvenait bien de moi ! J’étais aussi présent lors du passage du général De Gaulles. J’étais présent avec les pompiers sur la place d’armes. C’était un truc formidable. Lors de la Seconde Guerre mondiale, on se saluait avec mes copains en faisant un deux avec nos doigts sur notre col de chemise pour signifier notre sympathie à la résistance… », sourit Camille Hihn. Après son unique mandat, VGE viendra encore à Sélestat débattre du traité de Maastricht en 1992 avec Elisabeth Guigou. Pas encore président de la République (il devra patienter tout de même jusqu’en 1995), Jacques Chirac viendra en 1977 soutenir la candidature d’Albert Ehm pour les élections législatives de 1978. Il était alors maire de Paris et ancien premier ministre. Mais cela, c’est déjà une autre histoire… par Vivien Montag, publié le 20/04/2012

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